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mardi 21 octobre 2014

Méthode du commentaire d'image

Le commentaire d’image fixe :
 la méthode d’observation

Robert Doisneau à 33 ans en 1945

Savoir observer

I) La dénotation de l’image : aspects techniques

1) Le motif et la nature de l’image

- De quel type d’image s’agit-il ? (Un tableau, un dessin, une BD, une photo …)
- Quel format et dimension ? (rectangle, carré, tondo …)
- Quel titre ? Auteur ? Epoque ? Courant artistique ?
- Quel sujet ? Figuratif ? Abstrait ?
- Pour la peinture : Portrait ? Nature morte ? Paysage ? Scène de genre, historique, mythologique, religieuse ? Scène d’intérieur, d’extérieur ?

2) Cadrage et composition (voir une fiche technique détaillée ICI )

a) Angle de prise de vue
- Plongée (vue de haut) : effet d’écrasement du motif
- Contre-plongée (vue du bas) : effet de grandissement, d’élévation
- Angle normal (à hauteur des yeux du spectateur) : objectivité

mercredi 14 janvier 2015

Terre des hommes, 1939, Antoine de Saint-Exupéry commentaire Partie IV, chapitre 1, L'avion et la planète



Commentaire composé Terre des hommes, 1939,
Antoine de Saint-Exupéry
Partie IV, chapitre 1
Voir le texte intégral ICI

Terre des hommes est un recueil d’essais autobiographiques de Antoine de Saint-Exupéry paru en 1939. Dans son œuvre, l’auteur évoque des événements qui ont marqué sa vie, relatifs à son expérience de pilote professionnel pour la société Latécoère, qui deviendra plus tard l’Aéropostale, compagnie aérienne française basée à Toulouse. Cette œuvre est divisée en huit parties. Dans le premier chapitre de la quatrième partie, L’avion et la planète, Antoine de Saint-Exupéry aborde le changement de la perception du monde grâce à l’avion. Comment l’image trompeuse de la planète est-elle transformée par l’avion ? Nous verrons en premier lieu la fausse image du monde donnée par les routes puis nous nous intéresserons à la vision réelle et objective que permet l’avion.


vendredi 19 avril 2013

Commentaire de la photo de Willy Ronis : Le Délégué (1950)


Le Délégué (1950) de Willy Ronis

"Le premier trimestre 1950 fut une période de grèves. Je sillonne Paris à moto pour un hebdomadaire, selon un itinéraire raisonné, et je m'arrête devant l'entreprise Les Charpentiers de Paris, rue Saint-Amand. Les ouvriers attendent que leur délégué les informe de l'état des négociations." : ainsi Willy Ronis, un photographe de la mouvance de la photographie humaniste (qui compte Doisneau et Boubat) explique-t-il l'origine et les circonstances de ce cliché.
Nous observerons en quoi cette photographie est significative de la parole ouvrière et des rapports sociaux. D'abord, nous nous attacherons à interpréter l'atmosphère de cette scène d'extérieur puis à comprendre ce qu'elle nous apprend sur la communication sociale.

I) Une scène d'extérieur grave

A) Une ambiance froide et grise

- C'est un cliché en noir et blanc avec un dégradé du noir au blanc, de bas en haut et de droite à gauche de l'image. Plus le regard s'élève et se dirige vers la gauche, plus la lumière qui en provient s'adoucit et le flou s'installe. Symboliquement, en bas à droite, la dure réalité (le délégué en vêtements sombres relaie la parole du patronat : la droite ?) et en haut, à gauche, la lumière floue et la seule échappée étroite vers une portion d'horizon, en perspective.
- Il s'agit d'un plan de demi-ensemble, en légère plongée (d'égalité) qui représente un groupe d'ouvriers masculins de tous âges, debout, en plan moyen face à leur délégué "relégué" dans le coin inférieur droit de l'image. Tous sont emmitouflés dans des manteaux d'hiver et la plupart d'entre eux portent des couvre-chef. C'est l'hiver des négociations ...

B) Des limites qui bloquent et qui séparent

- En arrière plan, un mur aveugle barre l'horizon au 3/4 de la largeur du cliché. Les ouvriers tournent le dos à la seule trouée de lumière qui vient de la rue en perspective et sont "parqués" en triangle dont l'angle aigu aboutit à la tête du délégué qui leur fait face. Tous les regard convergent vers le leader. 
- Au premier plan, par terre, un autre triangle de terre et de graviers forme une "distance de sécurité" entre le groupe d'ouvriers et leur représentant. Sa pointe supérieure met en valeur les mains tendues du délégué et son côté gauche est constitué par l'alignement des pieds des ouvriers. Si on passe par la pointe de ce triangle au sol et que l'on suit le côté supérieur du triangle formé par le groupe d'ouvriers, on arrive au coin supérieur gauche de la photo, là où il y a une ouverture sur la rue. Ces lignes de force délimitent en quelque sorte l'espace de la négociation en cours et laissent entrevoir métaphoriquement une timide ouverture.
- La verticalité des corps immobiles des ouvriers, renforcée par celle du mur derrière eux, connote la force debout, prête à agir en ordre groupé.

Cette scène en apparence banale et calme d'un groupe d'ouvriers écoutant le compte rendu de leur leader syndical en dit plus, à cause de son cadrage, son angle de prise de vue et ses lignes de force. L'atmosphère est gelée (comme le travail qui est suspendu par la grève), l'avenir s'annonce morose et il y a une forme de défiance vis à vis du porte-parole qui n'annonce pas de bonnes nouvelles de toute évidence.


II) Une communication difficile


A) Un groupe fermé qui fait bloc


- Le point central de l'image correspond à l'ouvrier qui occupe le centre du deuxième plan de la photo et plus précisément aux poches de son pardessus où il enfouit ses mains (ses poings ?).

- D'ailleurs, tous ses camarades sur le même rang ont les mains dans les poches pour se préserver du froid, certes, mais en signe de fermeture et de repli aussi.
- Les visages sont sérieux et attentifs, tous dirigés vers le délégué. Les bouches sont closes. Mais on remarque que trois ouvriers avancent de concert leur pied gauche dans "le triangle de sécurité" qui les sépare de leur leader, comme s'ils étaient prêts à avancer vers lui (ou sur lui ?).

B) Un délégué relégué


- Le délégué se trouve au premier plan, en bas, à droite de la photo. Il fait face à ses camarades et on l'aperçoit donc de dos et de profil. Il a le visage levé et s'adresse au groupe en face de lui. Lui seul a les mains libres, à hauteur des hanches, le pouce contre l'index dans un geste de chef d'orchestre ou de chœur, prêt à donner le signal ou la mesure d'un concert ou d'un récital.

- Son habit est plus sombre que celui de ses pairs et son écharpe est libre sur sa poitrine lui donnant un air à la Aristide Bruant. Son béret noir cache ses yeux et rappelle la classe ouvrière française. Pourtant, il y a une distance entre lui et le groupe. Symboliquement, il est placé à droite, comme du côté du patronat. Sa parole ne suscite pas l'enthousiasme mais plutôt le scepticisme, voire la défiance de ses camarades. Cette année 1950 voit se déclencher de grandes grèves dans bien des secteurs publics comme privés : dockers, fonctionnaires,  métallurgistes, ouvriers de Renault. Les revendications portent sur les salaires (le coût de la vie a augmenté de 40 pour cent entre 1948 et 1951) et pour la signature de conventions collectives.


En ce début d'année 1950, le gouvernement n'hésitait pas à casser les grèves et à remplacer les ouvriers par l'armée ou autres substituts et ce n'est qu'en juillet 1950 que l'arrêt Dehaene du Conseil d'Etat proclama que la grève "était un principe fondamental de notre temps". Les grèves ont permis des acquis importants cette année-là comme l'instauration du SMIG et la mise en place de conventions collectives. Cette photo montre que les temps sont durs et froids, que les négociations sont bloquées, que la parole ouvrière n'est pas entendue et pourtant le président de la République est Vincent Auriol et il est socialiste, d'où la grand déception du monde ouvrier. Le délégué, lui aussi, provoque la méfiance : on est entré dans l'ère du doute.  Ce qui frappe dans cette photo, c'est que les ouvriers sont en habits de ville et non en tenue de travail comme si le prolétariat avait revêtu des vêtements bourgeois (hormis les bérets populaires !) pour parler d'égal à égal avec les "autorités".

Pour connaître la méthode du commentaire d'image, voir ICI 

Céline Roumégoux


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jeudi 15 janvier 2015

Commentaire de Terre des hommes, II,2, Les camarades (Guillaumet) de Saint-Exupéry



Commentaire –Terre des hommes (1939)
Les camarades partie II, chapitre 2
"Ce que j’ai fait, je le jure, jamais aucune bête ne l’aurait fait" jusqu’à : "C’est sentir, en posant sa pierre, que l’on contribue à bâtir le monde".
 Voir le texte intégral ICI

Tout savoir sur l'histoire de l'Aéropostale ICI



       Antoine de Saint-Exupéry, auteur du Petit Prince, grand pilote ayant travaillé aux côtés de Guillaumet et de Mermoz, a publié en 1939 Terre des hommes où il recueille des souvenirs de sa vie d’aviateur à l’Aéropostale. Le texte étudié se trouve au chapitre 2, partie II,  Les Camarades. Il concerne l’un de ses acolytes, Guillaumet, qui, en juin 1930, a marché cinq jours et quatre nuits, à 3500 mètres d’altitude près de la Laguna Diamante, perdu dans la Cordillère des Andes, en plein hiver austral. Son Potez 25 a capoté tandis qu’il tentait de le poser, pris dans une tempête de neige alors qu’il transportait le courrier de Santiago du Chili à Mandoza en Argentine. ll fut récupéré par Saint-Exupéry qui avait sillonné la zone en avion pour le retrouver. On examinera en quoi ce témoignage sur l’aventure de Guillaumet est une leçon de vie. Après avoir analysé l’éloge du pilote et de l’homme, on déterminera en quoi ce destin est une leçon d’humanisme.


vendredi 16 janvier 2015

Deux commentaires de l'affiche publicitaire de la société Latécoère : 1ière ligne postale française



Premier Commentaire de
l’affiche Latécoère (1920)

    L’idée d’une ligne aérienne transatlantique consacrée au service postal mais aussi au transport des passagers fait rêver Pierre-Georges Latécoère, fondateur de la société Latécoère en septembre 1917. La ligne Toulouse-Casablanca via l’Espagne ouvre en 1919. Ensuite, le transport est assuré jusqu’en Amérique du sud et au Brésil. Mais c’est le 1er octobre 1919 que le service postal entre la France et le Maroc, de Toulouse à Rabat, est assuré par la société Latécoère. Reliant l’Afrique du nord par l’Espagne depuis Toulouse, la ligne utilise depuis les années 1920 des affiches publicitaires pour promouvoir cette avancée. En effet, l’œuvre étudiée est une affiche publicitaire de 1920, représentant cette ligne aérienne. L’affiche est en papier et mesure 61cm par 46 centimètres et a été réalisée pour des syndicats d’initiatives. C’est donc à travers ce support que l’on verra comment l’idée de liaison, d’union s’est créée entre les hommes à cette époque. D’abord, on étudiera cette nouvelle approche du monde puis on analysera la notion de rassemblement des civilisations.


mardi 13 janvier 2015

Lecture analytique de Terre des hommes, V, Oasis de Antoine de Saint-Exupéry




Commentaire de Terre des hommes, V, Oasis, (1939)
 (épisode des deux jeunes filles)

 de Antoine de Saint-Exupéry

Rencontre insolite au château de San Carlos en Argentine

Château San Carlos partiellement restauré voir ICI

Informations préalables 

            L'épisode raconté par Saint-Exupéry dans Terre des hommes, V, Oasis, (1939) est véridique et le lieu est devenu mythique pour les Argentins. Ils ont restauré partiellement la demeure qui avait été détruite par un incendie et en ont fait un musée à la gloire de l’aviateur. Au moment des faits, en 1929, Saint-Exupéry est chef d'exploitation à l'Aéropostale Argentina. C'est lors d'un trajet postal entre Buenos Aires et Asuncion (Paraguay) qu'il a un incident mécanique qui l'oblige à se poser sur un champ caillouteux en Argentine, près de Concordia. Lui et son mécanicien découvrent la famille française Fuchs-Valon et surtout ses deux filles, Edda et Suzanne, âgées respectivement de neuf et quatorze ans. Elles vivent dans le château San Carlos, avec leurs parents et leur frère. La bâtisse a été construite par un aventurier français riche, qui l’a aménagée dans le style de Louis XV. Le lieu est pourtant déjà bien délabré quand la famille Fuchs-Valon l’habite. Antoine de Saint-Exupéry aura des relations suivies par la suite avec cette famille.

mardi 27 mai 2014

Tardi illustre Voyage au bout de la nuit de Céline



Commentaire de BD :
Tardi illustre
Voyage au bout de la nuit de Céline




Jacques Tardi, né en 1946, auteur et dessinateur français de bandes dessinées, s’est beaucoup inspiré de la guerre des tranchées de 14-18 dans son œuvre, en particulier dans C’était la guerre des tranchées (1983). Il tend à ridiculiser le concept du héros et ses personnages subissent plutôt le cours des événements. Il a adapté des romans d’écrivains célèbres comme Céline, Pennac, Malet, Vautrin. Dans le dessin (1988) que nous allons commenter, il s’agit de l’image pleine page droite d’un diptyque illustrant Voyage au bout de la nuit de Céline (en entier ci-dessus). Une foule de têtes de morts s’étend à l’infini dans un paysage ravagé et sombre. Nous examinerons en quoi le macabre envahit toute l’image et le message véhiculé par cette représentation.


I) Le cimetière des morts-vivants


A) Une ambiance de fin du monde


- Le plan d’ensemble en plongée est occupé  majoritairement par une armée des ombres, amas de têtes de morts se dirigeant droit sur le spectateur d’où émergent différents éléments. A gauche, le torse d’un squelette ricanant, à droite une main étrangement levée, au centre un corbeau perché sur un crâne et en train de crever les orbites d’une autre tête de mort, au premier plan. En arrière plan, on distingue la ligne d’horizon au 1/3 supérieur du dessin, hérissée de croix dressées, de ruines, d’arbres morts, de drapeaux, dans un ciel livide et enfumé traversé par une arrivée massive de corbeaux.

- Le dessin est en noir et blanc et joue sur le clair-obscur. Au premier plan, les crânes sont en pleine lumière provenant de la clarté du ciel, puis succède une zone d’ombre générée par la fumée des incendies, au loin, s’épaississant en haut à droite du tableau, estompant dans l’innombrable la foule des revenants. Le tout surmonté d’une colline des calvaires (connotation du Golgotha biblique).  

- Il se dégage de l’ensemble une vision d’horreur. Ces morts-vivants visiblement fuient les ravages de la guerre mais sont attaqués par les charognards et sont massés dans une sorte de plaine-fosse collective d’où seules leurs têtes dépassent du fait de l’angle en plongée. Nulle issue donc et ils sont déjà à l’état de cadavres bien que semblant en marche et certains possédant encore leurs yeux.


B) La mort omniprésente


- Les seuls signes de vie sont paradoxalement des indices de mort : la fumée qui s’élève en arrière plan est celle d’un incendie et non celle d’une paisible cheminée, les oiseaux sont de mauvais augure car ils s’apprêtent à dépecer ce qu’il reste de chair aux cadavres ambulants, nous rappelant La ballade des pendus de Villon (« Pies, corbeaux nous ont les yeux cavés / Et arraché la barbe et les sourcils ») ou Les oiseaux de Hitchcock.

- La symbolique des croix est tout aussi lugubre car annonciatrice du supplice et de la mort. On croit voir à l’avance ces immenses cimetières comme l’ossuaire de Douaumont en Lorraine (16142 tombes et un ossuaire pour 130000 soldats français et allemands confondus).

- Ces morts en marche forment une allégorie qui nous rappelle les danses macabres du Moyen-âge, squelettes grimaçant et nous fixant, comme pour nous avertir du sort commun qui nous attend et qui est juste accéléré en temps de guerre.

Le registre tragique domine a priori dans cette scène macabre à cause de l’ambiance de désolation générale, du génocide quasi universel et sans espoir. Une impression fantastique de fin du monde s’ajoute à cette vision d’horreur. Cependant l’allusion au calvaire et au sacrifice pour la patrie donne une portée critique à cette scène.


II) La critique de la guerre


A) L’armée des damnés de la terre


- Cette foule en marche ressemble à une armée dérisoire où chaque soldat serait déjà un mort en puissance. Les croix dressées comme autant de banderoles et les drapeaux troués  renforcent cette impression, à moins que ce ne soit la parodie d’une manifestation pacifiste contre la guerre.

- La main géante, à peine décharnée qui se hisse au-dessus des têtes ressemble à un SOS désespéré, tandis que le buste squelettique qui domine l’ensemble fait figure de rebelle avec sa mâchoire ouverte dans un cri supposé de révolte.

- Aucune arme n’est visible si ce n’est un spectre armé à l’arrière plan que nous commenterons plus loin. Ces hommes sont donc désarmés, vaincus, déjà morts.


B) Le patriotisme en question


- Les drapeaux (dont nous n’apercevons que des pans troués dans le panneau droit du diptyque) figurent les nations en guerre et eux aussi menacent ruine comme si l’idéal patriotique se déchirait.


- A côté des drapeaux, se dresse un squelette armé d’un fusil pointé sur la colline des croix, comme si un mort tirait sur d’autres morts : le comble de l’ironie tragique et de l’humour noir.



- L’anonymat des crânes (sorte de Vanité du XVIIe siècle) uniformise les combattants, les déshumanise et montre l’absurdité du combat entre eux d’êtres humains si semblables et que la mort rend égaux et unis dans le même sort.



« Y’a que la bravoure au fond qui est louche. Etre brave avec son corps ? Demandez alors à l’asticot d’être brave, il est rose et pâle et mou, tout comme nous. », disait Bardamu dans Voyage au bout de la nuit et puis « Lui, notre colonel, savait peut-être pourquoi ces deux gens-là tiraient, les Allemands aussi peut-être qu’ils savaient, mais moi, vraiment, je ne savais pas,  je ne leur ai rien fait aux Allemands ». Tardi, en illustrant Céline conserve cet aspect absurde de la guerre où des semblables s’acharnent sur des semblables sans avoir de raisons valables et tout cela finit en un grand cimetière grotesque et effrayant. Cette armée des damnés dans un décor d’apocalypse se dirige vers nous les vivants pour nous dire leur détresse et nous dissuader d’entrer dans leur fosse immonde. C'est montrer que les guerres sont fratricides et parfaitement vaines, si ce n’est dans l’intérêt des grands de ce monde car comme l’affirme Bardamu : « faire confiance aux hommes c’est déjà se faire tuer un peu ». 


Céline Roumégoux


Tous droits réservés



mardi 15 janvier 2013

Pascal, Le bonheur

Le Bonheur
Liasse : le souverain bien



X - LE SOUVERAIN BIEN in Les pensées

  « Car tous les hommes désirent d'être heureux ; cela est sans exception. Quelques différents moyens qu'ils y emploient, ils tendent tous à ce but. Ce qui fait que l'un va à la guerre et que l'autre n'y va pas, c'est ce même désir qui est dans tous les deux accompagné de différentes vues. La volonté ne fait jamais la moindre démarche que vers cet objet. C'est le motif de toutes les actions de tous les hommes, jusqu'à ceux qui se tuent et qui se pendent.
Et cependant, depuis un si grand nombre d'années, jamais personne, sans la foi, n'est arrivé à ce point, où tous tendent continuellement. Tous se plaignent, princes, sujets, nobles, roturiers, vieillards, jeunes, forts, faibles, savants, ignorants, sains, malades, de tous pays, de tous temps, de tous âges et de toutes conditions.
Une épreuve si longue, si continuelle et si uniforme devrait nous convaincre de l'impuissance où nous sommes d'arriver au bien par nos efforts ; mais l'exemple ne nous instruit point. Il n'est jamais si parfaitement semblable qu'il n'y ait quelque délicate différence; et c'est là que nous attendons que notre espérance ne sera pas déchue en cette occasion comme en l'autre. Ainsi le présent ne nous satisfaisant jamais, l'espérance nous séduit, et, de malheur en malheur, nous mène jusqu'à la mort, qui en est le comble éternel.
     C'est une chose étrange qu'il n'y a rien dans la nature qui n'ait été capable de tenir la place de la fin et du bonheur de l'homme, astres, éléments, plantes, animaux, insectes, maladies, guerres, vices, crimes, etc. L'homme étant déchu de son état naturel, il n'y a rien à quoi il n'ait été capable de se porter. Depuis qu'il a perdu le vrai bien, tout également peut lui paraître tel, jusqu'à la destruction propre, toute contraire qu'elle est à la raison et à la nature tout ensemble.
Les uns ont cherché la félicité dans l'autorité, les uns dans les curiosités et dans les sciences, les autres dans les voluptés. Ces trois concupiscences ont fait trois sectes, et ceux qu'on appelle philosophes, n'ont fait effectivement que suivre une des trois. Ceux qui en ont le plus approché ont considéré qu'il est nécessaire que le bien universel que tous les hommes désirent, et où tous doivent avoir part, ne soit dans aucune des choses particulières qui ne peuvent être possédées que par un seul, et qui, étant partagées, affligent plus leur possesseur par le manque de la partie qu'il n'a pas, qu'elles ne le contentent par la jouissance de celle qui lui appartient. Ils ont compris que le vrai bien devait être tel que tous pussent le posséder à la fois sans diminution et sans envie, et que personne ne le pût perdre contre son gré. Ils l'ont compris, mais ils ne l'ont pu trouver ; et au lieu d'un bien solide et effectif, ils n'ont embrassé que l'image creuse d'une vertu fantastique.
    Notre instinct nous fait sentir qu'il faut chercher notre bonheur dans nous. Nos passions nous poussent au dehors, quand même les objets ne s'offriraient pas pour les exciter. Les objets du dehors nous tentent d'eux-mêmes, et nous appellent, quand même nous n'y pensons pas. Ainsi les philosophes ont beau dire : rentrez en vous-mêmes, vous y trouverez votre bien ; on ne les croit pas, et ceux qui les croient sont les plus vides et les plus sots. Car, qu'y a-t-il de plus ridicule et de plus vain que ce que proposent les Stoïciens, et de plus faux que tous leurs raisonnements ? »


Quelques remarques préalables :

Un constat d’échec est à l’origine de la réflexion philosophique de Pascal : l’homme ne recherche que le bonheur et est incapable, malgré ses efforts, d’y parvenir. Cet eudémonisme montre en réalité la misère de l’homme sans Dieu et son impuissance à trouver « le souverain bien » en dehors de la foi.
L’objectif de la Pensée est donc plus de faire l’apologie de la foi qu’une réflexion sur le bonheur. Mais la quête du bonheur, si puissante chez l’homme, sert à Pascal à montrer les erreurs de l’homme à vouloir le trouver ailleurs qu’en Dieu. On retrouve les idées de saint Augustin sur les trois concupiscences fallacieuses et l’importance qu’accordent les Jansénistes au péché originel, cause de l’impuissance et de la déchéance de l’homme qui s’est privé de Dieu et qui, désormais, ne peut atteindre par lui-même la félicité.
Étymologiquement, bonheur vient de l'expression « bon eür ». « Eür » est issu du latin augurium qui signifie « accroissement accordé par les dieux à une entreprise ».
Par conséquent et pour respecter l’esprit et l’intention de Pascal, le plan de commentaire suivant pourrait être suivi.

Plan du commentaire

I) L’homme en quête désespérée du bonheur

A) Un postulat : l’homme ne pense qu’au bonheur
a) Généralisation de cette volonté de bonheur et du désir d’être heureux (voir le lexique de ces deux notions dans le texte)
b) Exemples surprenants à expliquer (se pendre pour être heureux ? aller à la guerre ?)

B) Un constat d’échec général : rapport d’opposition avec l’idée de bonheur
a) La liste des déçus : effet accumulatif
b) Le rôle des négations qui marquent la faillite de cette quête (« rien dans la nature qui n’ait été capable de tenir … ») et des expressions comme « de malheur en malheur »

II) Raisons qui poussent l’homme à persister dans l’erreur du faux bonheur

A) Les erreurs du désir (corps)

a) Rejet de l’expérience et « espérance qui nous pipe » : remarquer le « nous » et les modalisations de l’auteur.
b) Recherche vaine des jouissances de « la nature », voir les énumérations hétéroclites.

B) Les erreurs « philosophiques » (esprit)

a) Erreur des trois concupiscences (volupté, autorité et savoir) et la « vertu fantastique » qu’est l’illusion d’un bien commun. Noter les longues phrases explicatives et complexes pour traiter ces sujets. Observer l’attaque contre les philosophies traitées de « sectes ».
b) Echec de la recherche stoïcienne du bien en « nous-mêmes ». Noter le discours rapporté des philosophes et la question oratoire finale pour les disqualifier. Ton polémique.

III) Comment trouver le vrai bonheur

A) Recherche des causes de l’échec

a) Le péché originel (« a perdu le vrai bien » ou l’homme « déchu de son état naturel »)
b) Sa conséquence : « l’impuissance où nous sommes »

B) Retrouver Dieu

a) Grâce la foi (« jamais personne sans la foi ») qui est donnée dès le début du deuxième paragraphe comme une évidence (montrer que ce n’est pas l’aboutissement logique de cet extrait).
b) Les intuitions : « ils l’ont compris mais ils ne l’ont pu trouver [le vrai bien] » et « notre instinct » ne suffisent pas, même si c’est déjà, dans l’esprit de Pascal, un progrès spirituel.
Le salut et le bonheur sont en Dieu, d’après Pascal.

Céline Roumégoux
Tous droits réservés