Louis Mandrin à Brioude
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jeudi 19 septembre 2024
Mandrin le plus célèbre contrebandier de France, ce qu'en dit Voltaire
dimanche 18 décembre 2022
Lettre de Victor Hugo à Juliette Drouet, nuit du 16 au 17 février 1841
Victor Hugo à Juliette Drouet, nuit du 16 au 17 février 1841,
« T’en souviens-tu, ma bien-aimée ? »
Victor Hugo (1802-1885), poète, romancier, dramaturge, homme politique, est une gloire nationale française. Mais il est aussi un grand amoureux. Et son grand amour illégitime, celui qui va durer 50 ans jusqu’à la mort, qui va générer plus de 20000 lettres de la part de celle qu’il aime, et quelques centaines en retour, c’est Juliette Drouet (1806-1883).
En
janvier 1833, Hugo lit son drame Lucrèce
Borgia (écrit en moins de 15 jours) aux acteurs du théâtre de la
Porte-Saint-Martin. Juliette est là. Elle obtient le très petit rôle de la
princesse Negroni (9 répliques). C’est le coup de foudre. Nuit du 16 au 17
février 1833, Juliette Drouet et Victor
Hugo deviennent amants. Cette nuit sera fêtée chaque année, comme un rite
sacré, par une lettre de Victor Hugo, consignée dans le Livre rouge de l’Anniversaire.
C’est aussi la date du mariage de Cosette et Marius dans Les Misérables. « Le 26
février 1802, je suis né à la vie. Le 17 février 1833, je suis né au bonheur
dans tes bras. La première date ce n'est que la vie, la seconde c'est l'amour.
Aimer, c'est plus que vivre. » Victor exige de Juliette une « restitus
» (une lettre) quotidienne, lui interdit de sortir sans lui et lui ordonne de
renoncer à sa carrière de comédienne. Elle acceptera tout pour son « cher Toto » et même ses
innombrables infidélités. Son seul credo désormais et pour toujours :
«
T’aimer, t’aimer, t’aimer, voilà ma seule
et unique destination ».Voici une des lettres d’anniversaire, datée de
1841.
"T’en souviens-tu, ma bien-aimée ? Notre première
nuit, c’était une nuit de carnaval, la nuit du mardis-gras de 1833. On donnait
je ne sais dans quel théâtre je ne sais quel bal où nous devions aller tous les
deux, et où nous manquâmes tous les deux. (J’interromps ce que j’écris pour
prendre un baiser sur ta belle bouche, et puis je continue.) Rien, — pas même
la mort, j’en suis sûr, — n’effacera en moi ce souvenir. Toutes les heures de cette nuit-là traversent ma
pensée en ce moment l’une après l’autre comme des étoiles qui passent devant
l’œil de mon âme. Oui, tu devais aller au bal, et tu n’y allas pas, et tu
m’attendis, pauvre ange que tu es de beauté et d’amour. Ta petite chambre était
pleine d’un adorable silence. Au dehors, nous entendions Paris rire et chanter
et les masques passer avec de grands cris. Au milieu de la grande fête
générale, nous avions mis à part et caché dans l’ombre notre douce fête à
nous. Paris avait la fausse ivresse,
nous avions la vraie.
N’oublie jamais, mon ange, cette heure
mystérieuse qui a changé ta vie. Cette nuit du 17 février 1833 a été un symbole
et comme une figure de la grande et solennelle chose qui s’accomplissait en
toi. Cette nuit-là, tu as laissé au dehors, loin de toi, le tumulte, le bruit,
les faux éblouissements, la foule, pour entrer dans le mystère, dans la
solitude et dans l’amour.
Cette nuit-là, j’ai passé huit heures près de
toi. Chacune de ces heures a déjà engendré une année.
Pendant ces huit ans, mon cœur a été plein de
toi, et rien ne le changera, vois-tu, quand même chacune de ces années
engendrerait un siècle."
lundi 26 septembre 2016
Lettre d'Héloïse à Abélard
Vues du tombeau où les dépouilles des amants sont réunies au cimetière du Père-Lachaise à Paris.
Dieu le sait, jamais je n'ai cherché en toi que toi‑même. C'est toi seul que je désirais, non ce qui t'appartenait ou ce que tu représentes. Je n'attendais ni mariage, ni avantages matériels, ne songeais ni à mon plaisir ni à mes volontés, mais je n'ai cherché, tu le sais bien, qu'à satisfaire les tiennes. Le nom d'épouse paraît plus sacré et plus fort ; pourtant celui d'amie m'a toujours été plus doux. J'aurais aimé, permets-moi de le dire, celui de concubine et de fille de joie, tant il me semblait qu'en m'humiliant davantage j’augmentais mes titres à ta reconnaissance et nuisais moins à la gloire de ton génie."
mercredi 6 juillet 2016
Camille Claudel, lettre à Paul Claudel, son frère
Mon cher Paul,
J’ai eu de tes nouvelles dernièrement indirectement, j’ai appris que tu avais envoyé une certaine somme d’argent à Monsieur le Directeur pour améliorer mon sort dans la mesure du possible. Tu as bien fait d’avoir confiance en mr. le Directeur car c’est un homme qui a une grande réputation d’honnêteté et en même temps il a une grande bienveillance à mon égard. Tu peux être sûr que dans tous les cas il fera tout ce qu’il pourra pour moi et toi-même je suis sûre que ton intention est de me soulager, tu fais de bien gros sacrifices pour moi ce qui est d’autant plus méritoire de ta part que tu as des charges extraordinaires de tous les côtés. Cinq enfants et que de frais, que de voyages, que d’hôtels à payer.
Je me suis demandé souvent comment tu peux en venir à bout. Il faut que tu aies la tête solide pour gouverner les choses avec tant d’intelligence et d’en venir à bout, de triompher de toutes les difficultés ! Ce n’est pas moi qui serais capable d’une chose pareille !
Ton intention est bonne et aussi celle de mons. le Directeur mais dans une maison de fous les choses sont bien difficiles à obtenir, les changements sont bien difficiles à faire ; même si on le veut, il est bien difficile de créer un état de choses supportables. Il y a des règlements établis, il y a une manière de vivre adoptée, pour aller contre les usages, c’est extrêmement difficile ! Il s’agit de tenir en respect toutes sortes de créatures énervées, violentes, criardes, menaçantes, il faut pour cela un ordre très sévère, même dur à l’occasion autrement on n’en viendrait pas à bout. Tout cela crie, chante, gueule à tue-tête du matin au soir et du soir au matin. Ce sont des créatures que leurs parents ne peuvent pas supporter tellement elles sont désagréables et nuisibles. Et comment se fait-il que moi, je sois forcée de les supporter ? Sans compter les ennuis qui résultent d’une telle promiscuité. Ca rit, ça pleurniche, ça raconte des histoires à n’en plus finir avec des détails qui se perdent les uns dans les autres ! que c’est ennuyeux d’être au milieu de tout cela, je donnerai 100 000 si je les avais pour en sortir de suite. Ce n’est pas ma place au milieu de tout cela, il faut me retirer de ce milieu : après 14 ans aujourd’hui d’une vie pareille je réclame la liberté à grands cris. Mon rêve serait de regagner tout de suite Villeneuve et de ne plus en bouger, j’aimerais mieux une grange à Villeneuve qu’une place de 1ère pensionnaire ici. Les premières ne sont pas mieux que les 3èmes c’est exactement la même chose surtout pour moi qui ne vis que de mon régime ; il est donc inutile d’augmenter les frais à ce point. L’argent que tu as envoyé pourrait servir à payer la 3ème classe.
Ce n’est pas sans regret que je te vois dépenser ton argent dans une maison d’aliénés. De l’argent qui pourrait m’être si utile pour faire de belles œuvres et vivre agréablement ! quel malheur ! J’en pleurerais. Arrange-toi avec mr. le Directeur pour me remettre de 3ème classe ou alors retires-moi tout de suite d’ici, ce qui serait beaucoup mieux ; quel bonheur si je pouvais me retrouver à Villeneuve ! Ce joli Villeneuve qui n’a rien de pareil sur la terre !
Dire qu’on est si bien à Paris et qu’il faut y renoncer pour des lubies que vous avez dans la tête.
J’ai entendu dire que Reine avait été très malade et qu’elle avait subi une opération très douloureuse. Espérons qu’elle va mieux à présent. Il parait que Louise aussi a été bien malade, tout cela me fait trembler. Surtout s’il arrive quelque malheur, ne m’abandonne pas ici toute seule et ne fais rien sans me consulter. Etant donné que je connais les mœurs de l’établissement c’est moi qui sait ce qu’il me faut.
Heureusement que j’ai la protection du docteur Charpenel et celle de mons. le Directeur, je te remercie de t’adresser à eux.
Ne prends pas ma lettre en mauvaise part.
Si tu n’as pas l’intention de venir me voir, tu devrais décider maman à faire le voyage, je serais bien heureuse de la voir encore une fois. En prenant le rapide, ce n’est pas si fatigant qu’on le dit, elle pourrait bien faire cela pour moi malgré son grand âge.
Là-dessus je te quitte en t’embrassant ainsi que ta fille Gigette qui je crois est encore avec toi.
Ta femme n’a pas voulu me voir ni les autres. Je n’espère plus les revoir.
Ta sœur Camille.

