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jeudi 6 juin 2019

Huis Clos (Scène 5) de Jean-Paul Sartre



Commentaire de Huis Clos - Scène 5 (excipit)
  
                L’existentialisme est un courant philosophique et littéraire du XXe siècle, qui postule que l’être humain est défini par ses propres actes. Jean-Paul Sartre l’explique par sa formule : "L’existence précède l’essence", ce qui signifie que l’Homme existe finalement par ses actions, dont il est pleinement responsable et qu’il a choisies, ce qui justifie son existence qui, sinon, serait absurde. Dans sa pièce de théâtre en un acte et cinq scènes, Huis Clos, parue en 1944, Jean-Paul Sartre pose les bases de l’existentialisme. Il nous présente ainsi trois personnages, Garcin, Inès et Estelle, que leurs actes ont conduits en enfer. Dans la scène 5, depuis le moment où Garcin dit : « Je vous dis qu’ils ouvriront », jusqu’à la fin de la scène et de la pièce, nous verrons comment Jean-Paul Sartre condamne ses personnages à l’enfer perpétuel. Nous analyserons ainsi la torture morale qu’inflige chacun d’eux aux autres et le lien indéfectible qui les unit et les oblige à rester ensemble sous le regard des autres.

           
            I - La souffrance morale ou « l’enfer c’est les autres »
Ecouter ICI l’explication de Sartre lui-même

            Les trois personnages sont face à une souffrance psychologique insoutenable.
Garcin exprime cette douleur morale par la colère : il ne supporte effectivement plus l’étrange passion qu’éprouve Estelle à son égard ni l’hostilité insurmontable d’Inès. Il s’emporte et devient violent, il frappe contre la porte pour se sauver, et exprime clairement son profond dégoût envers ses deux partenaires : "Je ne peux plus vous supporter" et à Estelle : « Tu me dégoûtes encore plus qu’elle ».
            Estelle, quant à elle, exprime sa souffrance par les sanglots. Le fait de rester seule avec Inès pour l’éternité la terrorise : « Inès a sorti ses griffes, je ne veux plus rester seule avec elle ». Elle devient même hystérique et en vient à supplier Garcin : « Garcin, je t’en supplie, ne pars pas ».
            En ce qui concerne Inès, c’est la jalousie qui la ronge. Elle désire plus que tout Estelle, mais ne supporte pas que cette dernière convoite un homme : « Ha ! Lâche ! Lâche ! Va ! Va te faire consoler par les femmes ». Elle exprime ainsi sa profonde répugnance des hommes.
            La souffrance physique n’est rien en comparaison de la souffrance morale, aussi Garcin dit-il : « J’accepte tout », suivi d’une énumération d’instruments de torture, « les brodequins, les tenailles, le plomb fondu, les pincettes », véritable panoplie des tourments de l’enfer, selon la représentation populaire.
            Nous remarquons donc l’inutilité totale de la douleur physique face à la souffrance de l’esprit : « Pas besoin de gril : l’enfer, c’est les Autres », comprend soudain Garcin.

           
            II - Un trio infernal ou le cercle vicieux

            Ce trio infernal va devenir un trio inséparable sans aucune solution, ni issue, car, lorsque contre toute attente, la porte de la chambre de l’hôtel infernal s’ouvre, aucun d’eux ne peut et ne veut s’enfuir.
            Estelle, qui aime les hommes, tente de traîner dehors Inès pour s’accaparer Garcin, qu’elle considère comme son « amour ». Garcin, quant à lui, désire rester avec Inès, dans le but de la convaincre qu’il n’est pas un lâche. Inès est terrifiée à l’idée d’être jetée dans le couloir, loin des deux autres. Un duo entre Garcin et Estelle pourrait s’amorcer, mais ce dernier affirme qu’il lui est impossible d’éprouver le moindre sentiment pour Estelle tant qu’Inès les observe : « Je ne peux pas t’aimer quand elle me voit ».
            Un duo homosexuel pourrait se former, celui d’Inès et Estelle, mais étant donné l’hétérosexualité d’Estelle et la profonde haine qu’éprouve Inès pour Garcin, ce duo reste impossible à former.
            Le trio restera tel qu’il est pour l’éternité puisqu’il n’y a aucun moyen de s’échapper, ni même de se supprimer car on ne meurt pas en enfer : « Morte ! Morte ! Morte ! Ni le couteau, ni le poison, ni la corde. C’est déjà fait, comprends-tu ? Et nous sommes ensemble pour toujours », s’écrie Inès. Les derniers mots de la pièce reviennent à Garcin qui, résigné et grave, déclare : « Eh bien, continuons ».

           


            III - Le regard comme principal instrument de torture et marque de l’existentialisme
           
            Tout au long de sa pièce, mais principalement dans la scène 5, Jean-Paul Sartre met en place les principes fondamentaux de la notion d’existentialisme, avec l’omniprésence du regard.
            En nous rappelant tout d’abord que nous sommes ce que nous avons fait. Ainsi Garcin demande : « Peut-on juger une vie sur un seul acte ? ». Nous pouvons en déduire que, à cause de sa désertion, Garcin restera aux yeux des autres un lâche : « Seuls les actes décident de ce qu’on a voulu » déclare Inès qui ajoute : « Tu n’es rien d’autre que ta vie ».
            En ce qui concerne le regard, il n’existe plus que deux personnes pour Garcin : Estelle et Inès. La seule manière pour lui de se sentir encore un héros est de ne plus paraître un lâche aux yeux d’Inès : « Je suis mort trop tôt. On ne m’a pas laissé le temps de faire mes actes ». Comme le dit Jean-Paul Sartre : « on existe par le regard des autres ». Ici Garcin ne peut exister qu’à travers le regard d’Inès et le jugement qu’elle porte sur lui.
            Nous pouvons également associer le thème du regard à celui de la vérité et du jugement dernier. En effet, la vérité ressort du regard que les autres portent sur nous. Ainsi, Garcin est un lâche, puisqu’Inès et Estelle le voient comme tel. « Tu me verras toujours ? » demande Garcin à Inès qui réplique de manière implacable : « Toujours ». Impossible de se dérober, de chercher l’oubli, de mentir ou de regretter les actes passés : « On meurt toujours trop tôt ou trop tard. Et cependant la vie est là, terminée ; le trait est tiré, il faut faire la somme. » L’homme devra payer l’addition de ses actes car il n’a plus la possibilité de les changer. L’enfer est pavé de bonnes intentions, comme dit le proverbe, mais les intentions ne peuvent rien changer, c’est trop tard ! C’est pendant la vie qu’il faut agir et s’engager dans la solidarité de l’aventure de l’humanité, ainsi les autres ne seront plus un enfer !

            Dans l’enfer de Jean-Paul Sartre, les instruments de torture physique n’ont pas lieu d’être, puisqu’ici « l’enfer, c’est les autres ». Garcin, Inès et Estelle sont ainsi trois personnages destinés à une souffrance morale inhumaine, qui ne fait que commencer. Par  ce huis clos, Jean-Paul Sartre met en scène une manière de penser et de définir l’être humain qui ne se justifie que par ce qu’il fait et qui interagit avec l’autre, tous les autres. Ainsi, liberté, responsabilité et solidarité sont trois principes indissociables chez Sartre. « Nous sommes condamnés à être libres », en effet, nous sommes ce que nous avons fait, nous avons choisi nos actes, donc nous sommes responsables. C’est l’homme qui choisit son destin. Mais nous ne pouvons exister que par rapport aux autres, d’où la notion de solidarité qui est indispensable, de même que l’engagement dans la communauté du genre humain : « L’existentialisme est un humanisme ».


Quentin 1ère S4 (2012)


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dimanche 26 mai 2019

Dissertation : les couples improbables au théâtre

Sujet : Le théâtre expose souvent des couples improbables.
Vous montrerez en quoi, comment et pourquoi.

Le théâtre est un art vivant qui repose sur les relations humaines, donc toujours avec des associations de personnes « parlantes », et plus particulièrement des couples. Le plus souvent, ces couples sont hors du commun, et en deviennent même improbables. Nous verrons donc pourquoi le théâtre expose souvent des couples improbables. D’abord, nous pourrons nous demander ce qu’est un couple improbable au théâtre, et enfin nous analyserons sa fonction.

         Nous présenterons d’abord les couples qui sont souvent exposés au théâtre, puis nous verrons en quoi ils sont improbables. On trouve logiquement au théâtre, des couples d’amitié entre plusieurs personnages. Dans Le Jeu de l’amour et du hasard, pièce de théâtre écrite, et publiée par Marivaux en 1730, l’auteur met en scène deux jeunes nobles, Silvia et Dorante, destinés à être mariés. On retrouve dans cette pièce deux amitiés entre les maîtres et leurs valets : Silvia et Lisette, Dorante et Arlequin. Mais aussi un « couple » de complices, M. Orgon et son fils Mario, qui mènent le jeu. Ainsi, l’amitié qui lie le maître et son valet permettra aux deux prétendants de se découvrir par le biais de valets entremetteurs.
         Ensuite, on retrouve des couples amoureux, « standards », entre un homme et une femme. Notamment dans Roméo et Juliette, de William Shakespeare publié en 1597, où deux jeunes Italiens, Roméo et Juliette, s’aiment éperdument bien que leurs familles soient rivales et désapprouvent leur union. Cette pièce tragique montre l’incroyable passion qui lie ces deux personnages, qui se suicideront tous deux en pensant l’autre mort. Bien qu’un tel amour, aussi indéfectible soit rare à cette époque, cette pièce expose bel et bien un couple, né d’un amour impossible.
         Enfin, au théâtre, on nous expose aussi des couples amoureux qui relèvent de l’inceste. C’est le cas de l’amour de Phèdre pour Hippolyte dans Phèdre de Racine en 1677, bien que Phèdre ne soit que la belle mère du jeune Hippolyte, fils de Thésée, et non sa mère. Par ailleurs, on peut aussi trouver des personnages stéréotypés qui forment de nombreux couples avec une multitude de personnages. C’est le cas dans Dom Juan ou le Festin de pierre de Molière publié en 1665, où Dom Juan séduit toutes les femmes qu’il rencontre et les abandonne ensuite. Il forme ainsi de nombreux couples d’amour éphémère avec ces femmes, jusqu’à sa « descente aux enfers » à la fin de la pièce.
Le théâtre expose donc de nombreux couples, mais en quoi certains sont-ils improbables ?


         Tout d’abord, on peut s’intéresser à l’amitié très contestée du maître et de son valet. Si l’amitié entre le comte Almaviva et son valet Figaro dans Le Barbier de Séville de Beaumarchais, écrit en 1775, est improbable, c’est bien parce qu’elle déroge aux règles de l’étiquette de la noblesse du XVIIIe siècle. Les valets sont des sous-fifres, des serviteurs, et ne peuvent en aucun cas être liés de quelque manière avec leurs maîtres. C’est d’ailleurs une des raisons pour laquelle la noblesse n’apprécie guère ce genre de pièces, où elle perd un peu de sa superbe.
         Plus improbable encore, l’amour entre le maître et son valet. Cette idée est tout simplement inconcevable pour l’aristocratie, car cet amour entre différentes classes sociales blesse la bienséance du XVIIIe siècle et de la société de l’Ancien Régime. C’est tout l’enjeu du Jeu de l’amour et du hasard, car dans cette pièce les personnages nobles se croient épris d’un valet. En effet, Dorante et Silvia vont échanger leurs rôles avec leurs valets, dans le but d’en savoir plus sur leur prétendant. Bien qu’à la fin les valets restent entre eux, ainsi que les maîtres, Marivaux a frappé un grand coup dans les préjugés de classes en proposant ces couples-là. Surtout à travers Dorante, prêt à épouser une femme qu’il croit femme de chambre. L’existence d’un tel couple à cette époque n’était pas envisageable, ce qui en fait un couple impossible : on ne peut aimer en dessous de sa condition sociale.


         Enfin il y a les couples qui blessent la morale, encore aujourd’hui, comme les couples incestueux. C’est le cas d’Œdipe roi, de Sophocle (-415), où un enfant, Œdipe, est offert en pâture aux animaux de la forêt par ses parents, roi et reine de Thèbes, suites aux prédictions d’un oracle. L’enfant est recueilli, et adulte, il revient à Thèbes et tue sans le savoir son père Laïos. Après avoir délivré la ville du Sphinx en répondant à son énigme, Œdipe est marié à Jocaste, veuve et reine de Thèbes. C’est donc ici l’exposition d’un couple incestueux qui porte atteinte à un tabou universel. Depuis l’Antiquité, cette pratique est décriée. Mais il y a d’autres couples qui n’étaient pas « acceptables » au XXe siècle et parfois encore aujourd’hui, les couples d’amour entre deux personnes du même sexe. C’est pourtant ce que fait Henry de Montherlant en 1951, dans La ville dont le prince est un enfant, où il est question d’un amour entre garçons. L’abbé de Pradts et André sont amoureux de Serge, et sont donc rivaux. Si certains couples exposés au théâtre sont improbables, c’est bien parce qu’ils sortent de l’ordinaire et dérogent aux « bonnes mœurs ».
Mais quel est l’intérêt pour l’auteur d’une pièce de théâtre de mettre en scène de tels couples ?


         D’abord nous observerons leur visée critique, puis leur fonction émotive et réflexive. On peut prendre l’exemple des couples exposés dans le Mariage de Figaro de Beaumarchais datant de 1784. Dans cette pièce, Figaro valet du comte Almaviva, doit être marié à Suzanne. Ce dernier, attiré par Suzanne, tente de la séduire aux dépens de sa femme et de Figaro. Suzanne le dénoncera et le comte sera maintes fois humilié. Au travers du couple impossible entre Suzanne et Almaviva, et celui, légitime, entre Figaro et Suzanne, Beaumarchais critique la noblesse « éclairée » de son époque qui veut pourtant encore exercer le vieux droit de cuissage féodal. C’est en réponse au  désir du comte pour sa promise que Figaro dira ces mots, qui feront l’effet d’un coup de poing pour la noblesse : « Vous vous êtes seulement donné la peine de naître, et rien de plus… ». Pour cette critique, Beaumarchais a recours au comique en imaginant des scènes rocambolesques.
         Les auteurs sont parfois plus subtils dans leur critique, bien que leurs œuvres puissent choquer. C’est le cas de L’Ile des esclaves de Marivaux, publié en 1725 où Iphicrate maître, et Arlequin valet sont les seuls survivants d’un naufrage au large de l’île des esclaves. Ils devront, selon les lois de l’île, échanger leur rôle pour que le maître comprenne la cruauté dont il fait preuve. C’est un concept pour le moins révolutionnaire et dérangeant pour la noblesse de l’époque qui se sent, à juste titre, atteinte. Même si Marivaux n’insiste pas comme le fait Beaumarchais, son intrigue n’en est pas moins évocatrice, et la critique entendue à travers ce couple.
         Mais Molière trouve, par le comique, un autre moyen de mettre à mal la suprématie nobiliaire. Dans George Dandin, publié en 1668, Georges, un paysan enrichi, échange sa fortune contre un titre de noblesse, un rang, et une épouse, Angélique, fille d’un couple de nobles pauvres. Toute la belle famille de Georges, même Angélique, le méprise, le traitant toujours comme un paysan. Malgré ses efforts, il ne pourra rien contre le couple Angélique-Clitandre, aristocrates libertins. Constamment mis à mal, son couple est un fiasco. Cette pièce a plutôt un rôle dénonciateur. En effet, Molière, qui voulait corriger les mœurs par le rire, dénonce ici la cruauté des nobles envers les classes qui leur sont hiérarchiquement inférieures, mais aussi la naïveté et la sottise des parvenus bourgeois qui veulent absolument s’allier avec la classe qui les a toujours méprisés.
         Les couples improbables ont donc une visée satirique ou dénonciatrice, par la tragédie, ou par le rire. Mais ils ont bien d’autres objectifs.

        
         Les couples formés au théâtre, aussi improbables soient-ils, servent parfois à amener le spectateur à la réflexion, et même à susciter chez lui des sentiments variés. Ainsi, à travers les différentes mises en scène de «situations amoureuses » dans L’Ile des esclaves, Les Fausses Confidences ou Le Jeu de l’amour et du hasard, Marivaux nous amène à réfléchir sur l’amour. Avec le couple improbable par la condition sociale, Araminte riche veuve et Dorante pauvre intendant, Marivaux tente de débattre sur la sincérité de l’amour, pour démêler si l’amour sincère existe, ou si l’on aime uniquement par intérêt, ou encore, si l’on aime pour ce que l’on est, ou ce que l’on paraît être à l’extérieur, l’attrait physique ou la puissance sociale. Ici l’auteur fait des expérimentations en créant des intrigues complexes dans le but d’inviter le spectateur à se poser les mêmes questions, mais aussi et surtout pour le divertir.
         D’autres pièces, comme Phèdre de Racine, ont une visée moralisatrice. Dans cette pièce, en montrant une Phèdre faible, violente et victime du destin, Racine suscite chez le lecteur pitié et terreur pour ce personnage en proie à ses pulsions qui la poussent à séduire Hippolyte. Mais aussi mépris et dégoût pour une femme qui ose prétendre à l’inceste. Ce couple impossible de Racine a pour but premier de provoquer la catharsis des sentiments chez le lecteur, pour l’amener à réfléchir sur ses propres passions, mais aussi pour le dissuader de reproduire ce qu’il voit, sachant que cela n’attire que malheur, déshonneur et mort.


         Enfin, d’autres œuvres, plus contemporaines, se penchent sur des personnages mythiques, tel que Don Juan. En effet, Don Juan, le « grand seigneur méchant homme » de Molière, est l’incarnation de tous les vices de l’homme et c’est un séducteur cruel. Mais Eric-Emmanuel Schmitt n’est pas de cet avis, et propose, en 1989, un couple impossible : Angélique et Don Juan, mari et femme fidèles, dans La Nuit de Valognes. Dans cette pièce, on peut voir un Don Juan désabusé, las de ses séductions éphémères. Il est condamné par un « tribunal » composé de cinq de ses conquêtes, à épouser la dernière, Angélique, en lui jurant fidélité. Il acceptera et s’y tiendra, ébranlant ainsi tout un mythe. Ce couple improbable du fait du caractère de Don Juan n’est pas la finalité que Schmitt lui prévoit. Pour lui, Don Juan aurait découvert son véritable amour, le frère d’Angélique, bien qu’il ne l’ait jamais avoué. Schmitt propose donc une nouvelle interprétation du mythe de Don Juan, amenant ainsi le spectateur à s’interroger : et si le donjuanisme était de l’homosexualité refoulée ?
         Au théâtre, les couples les plus improbables sont en fait au service de l’auteur, qui se sert de ceux-ci pour transmettre des idées ou des émotions au spectateur.

         Nous avons donc vu qu’il existait de nombreux couples qui diffèrent de ceux que l’on peut ou pouvait voir dans la réalité. Ainsi, si certains duos sont différents, c’est qu’ils dérogent à des principes, le plus souvent moraux ou sociaux, comme la bienséance jusqu’au XIXe siècle, ou encore au « politiquement correct » d’aujourd’hui. Exposer de tels couples a tout de même un but : ils sont les porteurs d’un message le plus souvent, et invitent à la réflexion. L’Homme peut-il vivre seul ? Le couple est-il une façon d’affronter la vie ? S’apparier est-il un gage de bonheur ? Et si, comme disait Sartre, « l’enfer, c’était les autres » ? Voilà en quoi le théâtre  est intéressant ; il expose des cas vivants et propose des ébauches de solutions ou même des expérimentations.

Quentin, 1ère S SVT (juin 2011)


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mercredi 24 avril 2019

Quand Lyon honore Anne de Bretagne et Louis XII avec la première médaille française


La médaille d'Anne de Bretagne et de Louis XII



La médaille est une invention de la Renaissance italienne du milieu du Quattrocento (début de la Renaissance Italienne). Mais, c’est à Lyon que fut coulée la première médaille française, au tout début du XVIe siècle. De retour d’Italie en mars 1500, Louis XII et sa femme, Anne de Bretagne, sont de passage à Lyon. La ville, désireuse de les honorer par un présent prestigieux et surtout « à la mode », commande alors à des artistes lyonnais une belle médaille de bronze à leur effigie. Cette première médaille lyonnaise est tellement réussie, tellement spectaculaire, que bon nombre de personnages célèbres voudront ensuite leur médaille qui rappellera leurs hauts faits ou leurs actions marquantes.

Description analytique

L'original de cette médaille fut modelé et coulé à Lyon en l'honneur du voyage de Louis XII et d'Anne de Bretagne dans cette ville. Les consuls de Lyon avaient chargé Nicolas Leclerc et Jean de Saint-Priest, " maîtres tailleurs d'images ", d'en faire les modèles d'après les dessins de Jean Perréal, et les joailliers Jean et Colin Lepère, aidés par un fondeur, de l'exécuter. La médaille fut coulée en or et offerte à la reine, dans une coupe à ses armes en verre émaillé de Venise, le 15 mars 1500 (1499 ancien style, selon le calendrier julien).

L'original en or a aujourd'hui disparu mais cette médaille, la seconde coulée en France à l'imitation des médailles de la Renaissance italienne, fut largement diffusée par de nombreux retirages successifs, contemporains ou ultérieurs, en argent ou en bronze (on considère que les fontes successives se repèrent aux diamètres décroissant des exemplaires). Certaines épreuves furent mêmes utilisées dans le décor de meubles. 

L'intention première du graveur de cette médaille était de montrer Anne tournée vers l'avenir symbolisé par les lys français et tournant le dos à son passé breton symbolisé par les hermines. Cependant, il est possible de détourner ce message. Pour les indépendantistes bretons, Anne se dresse comme un rempart en faisant front à la France pour défendre la Bretagne.



Texte descriptif

A l’avers de la médaille, Louis XII :

 D/ + FELICE LVDOVICO REGNATE DVODECIMO CESARE ALTERO GAVDET OMNIS NACIO 
(sous l'heureux règne de Louis XII, second César, le peuple tout entier se réjouit).

Buste de Louis XII, coiffé d'un mortier orné d'une couronne de fleurs de lis. Le roi porte le collier de l'ordre de Saint-Michel. Le champ est semé de douze lys. A l'exergue, un lion passant à gauche, symbolise la ville de Lyon.








Au revers de la médaille, Anne de Bretagne :

R/ + LVDVN RE PVBLICA GAVDETE BIS ANNA REGNANTE BENIGNE SIC FVI CONFL ATA 1499
 (je fus ainsi fondue en 1499 pendant que la commune de Lyon se réjouissait du second règne de la bonne reine Anne).

Buste d'Anne de Bretagne coiffée d'un voile court à la bordure ornée, surmonté de la couronne royale. Le champ est semé de cinq lys à gauche et de huit hermines à droite. A l'exergue, un lion passant à gauche.



Sources :

- Grand Patrimoine de Loire-Atlantique

- Site de Nicolas Salagnac, graveur médailleur, meilleur ouvrier de France

 

vendredi 12 avril 2019

La princesse de Clèves : la scène du tournoi et l'origine de certaines expressions empruntées au vocabulaire des joutes.



"Gagner la première manche, la deuxième manche et enfin jouer la belle" : que signifient donc ces expressions qu'on emploie dans les jeux et même à la pétanque ? Aux tournois du Moyen Âge, ou plutôt aux joutes qui succèdent aux tournois violents et auxquelles participent les chevaliers de l'époque, les femmes y occupent une place importante puisque les chevaliers arborent les couleurs d’une dame sous la forme d’une manche délacée de sa robe.
 
Celui qui combat bravement emporte la 2e manche.
 
A la victoire d'après, il gagne la gente dame (la belle) qui le récompense d’un baiser.

Gagner le cœur de la dame après les exploits du combat, c'est bien, mais "c'est une autre paire de manches" quand le volage chevalier porte son amour sur une autre conquête ! 

Dans La Princesse de Clèves, roman d'analyse de Madame de La Fayette, publié sans nom d'auteur en 1678, on assiste à la fin de la troisième partie à la joute célèbre lors de laquelle le roi Henri II fut mortellement touché. Mais ce qui intéresse tout le monde, ce sont les couleurs mystérieuses qu'arbore le duc de Nemours. Seule la belle princesse de Clèves comprend le code secret des couleurs portées en son hommage... Lisons l'extrait en question : 

"Enfin, le jour du tournoi arriva. Les reines se rendirent dans les galeries et sur les échafauds qui leur avaient été destinés. Les quatre tenants parurent au bout de la lice, avec une quantité de chevaux et de livrées qui faisaient le plus magnifique spectacle qui eût jamais paru en France.
Le roi n’avait point d’autres couleurs que le blanc et le noir, qu’il portait toujours à cause de madame de Valentinois, qui était veuve. M. de Ferrare, et toute sa suite, avaient du jaune et du rouge. M. de Guise parut avec de l’incarnat et du blanc : on ne savait d’abord par quelle raison il avait ces couleurs, mais on se souvint que c’étaient celles d’une belle personne qu’il avait aimée pendant qu’elle était fille, et qu’il aimait encore, quoiqu’il n’osât plus le lui faire paraître. M. de Nemours avait du jaune et du noir ; on en chercha inutilement la raison. Madame de Clèves n’eut pas de peine à la deviner : elle se souvint d’avoir dit devant lui qu’elle aimait le jaune, et qu’elle était fâchée d’être blonde, parce qu’elle n’en pouvait mettre. Ce prince crut pouvoir paraître avec cette couleur, sans indiscrétion, puisque, madame de Clèves n’en mettant point, on ne pouvait soupçonner que ce fût la sienne."

Voir un commentaire sur La Princesse de Clèves ICI

jeudi 20 décembre 2018

Versification : quelques notions


Des notions pour analyser les poèmes

A retrouver dans la partie technique
de Mon cœur qui bat



 
 Les types de vers

·        Vers pairs :

Dissyllabe (2 syllabes), quadrisyllabe (4), hexasyllabe (6), octosyllabe (8), décasyllabe (10) dodécasyllabe (12) ou alexandrin (en référence au Roman d'Alexandre, XIIe siècle, premier texte en vers de 12 syllabes).

·        Vers impairs :

Monosyllabe (1 syllabe), trisyllabe (3), pentasyllabe (5), heptasyllabe (7), ennéasyllabe (9), hendécasyllabe (11 syllabes).


 Les types de strophes 

Distique : 2 vers
Tercet : 3 vers
Quatrain : 4 vers
Quintil : 5 vers
Sizain : 6 vers
Septain : 7 vers
Huitain : 8 vers
Neuvain : 9 vers
Dizain : 10 vers
Douzain : 12 vers