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vendredi 21 juin 2013

Corrigé EAF 2013 série technologique commentaire La Bonne Soirée de Théophile Gautier

SÉRIES TECHNOLOGIQUES

 Objet d'étude : écriture poétique et quête du sens, du Moyen Âge à nos jours.
Textes :

Texte A : Théophile Gautier, Émaux et Camées, « La Bonne Soirée », 1872.
Texte B : Max Jacob, Le Cornet à dés, Deuxième partie, « Petit poème », 1917.
Texte C : Joë Bousquet, La Connaissance du Soir, « Pensefables et Dansemuses », « A cette ronde d’enfants… », 1947.
Texte D : Vincent Van Gogh, Lettres à son frère Théo, 1873-1890.

Commentaire :

Vous commenterez le texte A (Théophile Gautier) en vous aidant du parcours de lecture suivant :
- l’opposition des lieux décrits (éléments et personnages du décor, sensations et scènes évoquées)
- le recours à l’humour et à l’imagination poétique pour suggérer « La Bonne Soirée ».



Voir le texte ICI

« Une chambre qui ressemble à une rêverie, une chambre véritablement spirituelle, où l’atmosphère stagnante est légèrement teintée de rose et de bleu » ainsi commence le poème de Charles Baudelaire intitulé La chambre double (1869) in Petits poèmes en prose.  Théophile Gautier,  « Le poète impeccable », à qui Baudelaire dédie Les Fleurs du mal a peut-être inspiré directement celui qui se présente comme son disciple avec son poème La Bonne Soirée du recueil Emaux et Camées dont l’édition définitive, après plusieurs parutions, date de 1872. Gautier, dans ce poème léger et délicat nous fait pénétrer dans son intimité et sa chambre à coucher aux tons pastel, comme celle de Baudelaire. On verra comment l’éloge de la chambre s’oppose au monde extérieur et on dégagera la critique humoristique des obligations mondaines.

I) L’éloge de la chambre

A) Un lieu chaleureux, confortable et sensuel

- La chaleur est évoquée à plusieurs reprises pour caractériser l’atmosphère du lieu : « devant son feu […] la chauffeuse […] angle de la cheminée […] au feu placés ».
- La douceur est suggérée par les couleurs pastel du « papier rose » du chapeau de lampe, le blanc du « globe laiteux » ou l’or du disque du pendule. « La chauffeuse capitonnée » assure  le confort du corps. On remarque que le lit, pourtant essentiel dans une chambre, n’est jamais évoqué, comme si la chambre était plus un lieu de vie tranquille que de sommeil.
-  La sensualité  et même l’érotisme sont fortement sollicités grâce à la catachrèse (les bras du fauteuil) qui conduit à la personnification : « La chauffeuse capitonnée vous tend les bras ». Cette chauffeuse parlante est comparée à une maîtresse possessive qui retient par ses charmes, connotés par « le globe laiteux » de la lampe, et qui ordonne au poète : « Tu resteras ! ». La fluidité du rythme des trois sizains  (2e, 3e et 4e) consacrés à la description de la chambre, comprenant chacun une seule phrase en enjambement, contribue à installer une ambiance douce et calme. Les vers quadrisyllabiques en 3e et 6e position de la strophe provoquent un léger déséquilibre par rapport aux octosyllabes, ce qui n’est pas sans mimer « le pendule qui balance ».

B) Un lieu protecteur et paisible

- L’évocation de la chambre est enchâssée au cœur du poème, comme dans un cocon protecteur. Le premier et dernier sizain du poème sont, eux, consacrés au monde extérieur, perçu comme hostile et dérangeant.
- Le désir de demeurer bien au chaud dans ce nid ou ce giron sensuel est exprimé par « Qu’il ferait bon garder la chambre » et « il faut sortir ! – quelle corvée ! ». L’ordre suggéré par la chauffeuse renforce ce souhait : «  Tu resteras ! ».
- Enfin, le vocabulaire du silence et du repos fait de ce lieu un havre de paix : « On n’entend rien dans le silence » et « Tout endormi ».

La chambre est ressentie comme une « maîtresse » qui rime « avec caresse » et qui prodigue chaleur, douceur et protection. Pourquoi, alors, la quitter ? Quelles sont donc ces obligations impliquées par « Il faut sortir ! » et ce regret marqué par le conditionnel « Qu’il ferait bon garder la chambre » ?


 d'après J. Béraud (1889)

II) La critique humoristique du monde extérieur

A) Le monde extérieur froid et agité

- Dans la première et dernière strophe du poème, qui concernent le dehors, le rythme est heurté et les phrases courtes et fortement ponctuées : «  Quel temps de chien ! – il pleut, il neige » et « Il faut sortir ! - quelle corvée ! ». Les sonorités sont également expressives avec des allitérations en [k] en [t] et [p] qui sont des occlusives qui font entendre dureté et fracas. Le ton est familier pourtant comme si le poète était indulgent.
- Le lexique des intempéries vient renforcer cette hostilité du monde extérieur avec la pluie, la neige et « les cochers transis sur leur siège » ou « le vent qui pleure et rôde ». La seule couleur est la couleur froide du « nez bleu » des cochers, détail pittoresque et amusant !
- Les modalisations de l’auteur sont négatives : « ce vilain soir de décembre » et vont de pair avec ses exclamations agacées. Pourtant, là encore, pas de rejet total puisque, lui semble-t-il, « Il faut sortir ! ».

B) La satire discrète et malicieuse des mondanités sociales

- La présence du poète est discrète. Seuls les adjectifs possessifs (« mon habit, mon gilet ») montrent qu’il s’agit bien de lui. Il utilise plus souvent des tournures d’énonciation impersonnelles (« il faut, il ferait bon ») ou des « on » et des « vous » de généralisation : « Et semble […] vous dire » ou « On n’entend rien ». Ce procédé favorise l’identification du lecteur avec ce personnage amoureux de sa chambre !
- L’humour se glisse dans la description de sa tenue vestimentaire prête à être mise et qui semble dotée de vie : « Mon habit noir […] les bras ballants » ou « Mon gilet bâille ». Si le poète hésite à sortir, ses habits, eux, semblent s’ennuyer à l’attendre. Ils sont pourtant dévalorisés par certaines de leurs caractéristiques : « Les brodequins à pointe étroite » ne semblent guère confortables et les « minces cravates » paraissent bien mesquines ! Quant aux « gants glacés » qui « s’allongent comme des mains plates », ils sont plutôt inquiétants et déshumanisés !
- Mais là où apparaît vraiment la satire sociale de ce « bal à l’ambassade anglaise » où le poète doit se rendre, c’est lorsqu’il est question de « prendre la file à l’arrivée Et suivre au pas Les coupés des beautés altières portant blasons sur leurs portières et leurs appas ». La métonymie « des beautés altières » au lieu de « femmes nobles » tend à les dévaloriser en tant que personnes. L’expression ambiguë «  portant blasons sur leurs portières et leurs appas »  prêtent à confusion. Faut-il associer « blasons » et « appas » en un zeugma ironique, ce qui signifierait que « les beautés altières » se penchent à la portière où sont dessinés leurs blasons pour faire admirer leurs charmes  et montrer leur illustre origine ? Faut-il plutôt considérer que « appas » est complément d’objet de « suivre au pas » ? Comme « appas » rime avec « pas » et que le froid d’un soir de décembre n’est pas favorable pour pavoiser à découvert, la deuxième hypothèse semble préférable ! En tout cas, le poète montre son agacement, si ce n’est son humiliation, à devoir attendre derrière les « coupés » aristocratiques, et leurs belles tentatrices !

Finalement, il n’ira pas ! Comme le poème est tronqué, on ne le saura pas … Gautier, dans ce charmant poème, tout de légèreté et de fantaisie, fait l’éloge de sa chambre et de ses charmes au moins aussi ensorcelants que ceux des belles du bal anglais. On assiste à un véritable tableau vivant et animé qui rend la chambre décrite, attirante et drôle. « La bonne soirée » du titre est donc bien celle que le poète va finalement passer seul au coin du feu à lire et à méditer un mot d’amour qu’il fera porter à celle à qui il a « posé un lapin » au bal, avec des violettes de Parme pour se faire pardonner et organiser un nouveau rendez-vous plus intime, sans doute … Drôle d’homme, tout de même qui préfère sa chambre à sa bien aimée !

Voir le poème intégral ICI

Pour le corrigé du commentaire des 1S et ES : portrait de madame Tim in Un roi sans divertissement de Giono voir ICI

Céline Roumégoux

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