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lundi 4 juillet 2016

Lotto, Lorenzo, peintre italien, (1480-1556), Vénus et Cupidon, 1526



A la gloire de Vénus

Vénus et Cupidon : un malicieux tableau de mariage où Cupidon urine,
 comme le Manneken-Pis de Bruxelles, sur Vénus,
 à travers la couronne de myrte qu’elle tient à la main droite.




Lotto, Lorenzo, peintre italien, (1480-1556), Vénus et Cupidon,
huile sur toile, 1526, épithalame (tableau de mariage),
92.4 cm × 111.4 cm. Metropolitan Museum of Art, New-York.

Commentaire

Lotto aimait employer des symboles. Coiffée du diadème et du voile blanc des mariées de la Renaissance italienne, Vénus est étendue sur un drap bleu qui exprime la fidélité, la chasteté, la loyauté. Un coquillage, symbole traditionnel de la déesse, est accroché au-dessus de sa tête. Les pétales de rose blanche évoquent la virginité. Le lierre qui s’enroule autour du tronc de l'arbre, derrière la déesse, est l’image de la fidélité conjugale. Elle tient, au bout d’un ruban bleu, une couronne de myrte (parure de mariage) à laquelle est suspendue une cassolette d’encens brûlant : objets traditionnels de la chambre nuptiale. Le geste de Cupidon, en putto ailé qui urine à travers la couronne, est un symbole érotique de fertilité qui ne manque pas d’humour et d’audace. La déesse semble protéger les futurs époux des dangers de l’infidélité, car on aperçoit un bâton et un serpent au tout premier plan.
 

mercredi 4 mai 2016

Louise de La Vallière (Sonnet au roi) plainte par Ninon de Lanclos (Tendre victime) : poésie féminine au XViie siècle



Louise de La Vallière 

Françoise Louise de La Baume Le Blanc (Tours, 6 août 1644 - Paris, 6 juin 1710), demoiselle puis duchesse de La Vallière et de Vaujours,
 fut la première maîtresse officielle de Louis XIV. 
Après sa disgrâce, elle entra au Carmel.



  



                                                 
Voici le sonnet que la si discrète et sincère Louise écrivit à son royal amant lorsqu'elle fut disgraciée au profit de Madame de Montespan. Elle avait donné au roi cinq enfants dont deux furent légitimés. Après des excuses publiques à la reine, elle se retira à vie au couvent des Grandes-Carmélites. Le 3 juin 1675, elle prononça ses vœux perpétuels, prenant le nom de Louise de la Miséricorde.
                                                
                                             Sonnet au roi (1667)

 
Tout se détruit, tout passe, et le cœur le plus tendre

Ne peut d'un même objet se contenter toujours,

Le passé n'a point eu d'éternelles amours,

Et les siècles suivants n'en doivent point attendre ;



La constance a des lois qu'on ne veut point entendre,

Des désirs d'un grand Roi rien n'arrête le cours,

Ce qui plaît aujourd'hui déplaît en peu de jours,

Son inégalité ne saurait se comprendre ;



Tous ces défauts, grand Roi, font tort à vos vertus ;

Vous m'aimiez autrefois, mais vous ne m'aimez plus,

Mes sentiments, hélas ! diffèrent bien des vôtres...



Amour à qui je dois et mon mal et mon bien,

Que ne lui donniez-vous un cœur comme le mien,

Ou que n'avez-vous fait le mien comme les autres !

Louise de La Vallière 


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Ninon de Lenclos (1620-1705)

 Courtisane, femme d'esprit, 
épistolière et femme de lettres française.

Quand Ninon plaint Louise...


Tendre victime...

Tendre victime, aimable Lavallière,
Qu'Amour en pleurs suit encore aujourd'hui
Sous le cyprès de ce bois solitaire,
Quels noirs chagrins ont troublé ta carrière !
Que ton éclat s'est vite évanoui !
Aussi pourquoi, trop douce et trop sincère,
T'avisais-tu d'aimer un roi pour lui ?
De cet abus tu vois quelle est la suite !
En y cédant on se voue à l'ennui ;
On vit en dupe, et l'on meurt carmélite.

Ninon de Lenclos

(Dans le volume 5 de la Petite Encyclopédie poétique de Philipon de la Madelaine (1804)

 

mercredi 27 mai 2015

Manon Lescaut, partie I, Tiberge et Saint Preux, commentaire dialogue philosophique sur le bonheur



Manon Lescaut (1731),  de l’abbé Prévost (1697-1763)

[A l'ami Tiberge venu redonner à Saint-Lazare des conseils de vertu, Des Grieux répond par ce discours audacieux. On notera la rigueur mise au service d'une morale hédoniste assez peu orthodoxe!]

   " Tiberge, repris-je, qu'il vous est aisé de vaincre, lorsqu'on n'oppose rien à vos armes ! Laissez-moi raisonner à mon tour. Pouvez-vous prétendre que ce que vous appelez le bonheur de la vertu soit exempt de peines, de traverses et d'inquiétudes ? Quel nom donnerez-vous à la prison, aux croix, aux supplices et aux tortures des tyrans ? Direz-vous, comme font les mystiques, que ce qui tourmente le corps est un bonheur pour l'âme ? Vous n'oseriez le dire ; c'est un paradoxe insoutenable. Ce bonheur, que vous relevez tant, est donc mêlé de mille peines, ou pour parler plus juste, ce n'est qu'un tissu de malheurs au travers desquels on tend à la félicité. Or si la force de l'imagination fait trouver du plaisir dans ces maux mêmes, parce qu'ils peuvent conduire à un terme heureux qu'on espère, pourquoi traitez-vous de contradictoire et d'insensée, dans ma conduite, une disposition toute semblable ? J'aime Manon ; je tends au travers de mille douleurs à vivre heureux et tranquille auprès d'elle. La voie par où je marche est malheureuse ; mais l'espérance d'arriver à mon terme y répand toujours de la douceur, et je me croirai trop bien payé, par un moment passé avec elle, de tous les chagrins que j'essuie pour l'obtenir. Toutes choses me paraissent donc égales de votre côté et du mien ; ou s'il y a quelque différence, elle est encore à mon avantage, car le bonheur que j'espère est proche, et l'autre est éloigné ; le mien est de la nature des peines, c'est-à-dire sensible au corps, et l'autre est d'une nature inconnue, qui n'est certaine que par la foi.
    Tiberge parut effrayé de ce raisonnement. Il recula de deux pas, en me disant, de l'air le plus sérieux, que, non seulement ce que je venais de dire blessait le bon sens, mais que c'était un malheureux sophisme d'impiété et d'irréligion : car cette comparaison, ajouta-t-il, du terme de vos peines avec celui qui est proposé par la religion, est une idée des plus libertines et des plus monstrueuses. […]
   Ne vous alarmez pas, ajoutai-je en voyant son zèle prêt à se chagriner. L'unique chose que je veux conclure ici, c'est qu'il n'y a point de plus mauvaise méthode pour dégoûter un cœur de l'amour, que de lui en décrier les douceurs et de lui promettre plus de bonheur dans l'exercice de la vertu. De la manière dont nous sommes faits, il est certain que notre félicité consiste dans le plaisir ; je défie qu'on s'en forme une autre idée ; or le cœur n'a pas besoin de se consulter longtemps pour sentir que, de tous les plaisirs, les plus doux sont ceux de l'amour."

Le titre complet est Histoire du chevalier Des Grieux et de Manon Lescaut. C’est le tome VII des Mémoires d’un Homme de qualité, le marquis de Renoncour. Prévost a écrit et publié cette histoire en 1731 à Amsterdam. Le roman, jugé scandaleux, fut saisi et condamné à être brûlé et fera l’objet d’une édition séparée en 1753. Le thème central est l’union secrète « entre un fripon et une catin » selon l’expression de Montesquieu, l’action se passant dans la France contemporaine de l’auteur. L’histoire de Manon se présente comme un récit encadré avec un narrateur personnage, Des Grieux, qui raconte sa vie à Renoncour qui, lui, la raconte au lecteur. Le récit de Des Grieux est une découverte de lui-même. C’est un court roman d’éducation et non pas un bilan, des mémoires ou de véritables confessions car le narrateur ne manifeste aucun regret : « L’amour est une passion innocente » mais « Le bonheur est incompatible avec la nature sensible de l’homme ». L’extrait que nous allons étudier se situe dans la première partie. Des Grieux est emprisonné à la prison Saint-Lazare à Paris pour avoir escroqué avec Manon le vieux M. de G … M qui les a fait arrêter. Tiberge, théologien et ami fidèle de Des Grieux vient lui rendre visite et lui fait la morale. Dans ce dialogue philosophique, on se demandera si le plaisir et la vertu sont compatibles pour atteindre le bonheur. D’abord, on examinera le dialogue philosophique entre les deux amis, puis l’apologie du plaisir développée par Des Grieux et ses critiques contre les mystiques de la vertu.

La prison Saint-Lazare avant sa démolition

mardi 12 mai 2015

Haïkus


Haïkus





Après la pluie



Troublée, est l'eau du lac.

Se bousculent les nuages

Dans le reflet d'une flaque.



Yacine (2nde 1)