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vendredi 10 mai 2013

Commentaire de Gnathon de La Bruyère


 Jean de La Bruyère, Les Caractères, "De l’homme" (1688)

     

"Gnathon ne vit que pour soi, et tous les hommes ensemble sont à son égard comme s’ils n’étaient point. Non content de remplir à une table la première place, il occupe lui seul celle de deux autres ; il oublie que le repas est pour lui et pour toute la compagnie ; il se rend maître du plat, et fait son propre de chaque service : il ne s’attache à aucun des mets, qu’il n’ait achevé d’essayer de tous ; il voudrait pouvoir les savourer tous tout à la fois. Il ne se sert à table que de ses mains ; il manie les viandes, les remanie, démembre, déchire, et en use de manière qu’il faut que les conviés, s’ils veulent manger, mangent ses restes. Il ne leur épargne aucune de ces mal propretés dégoûtantes, capables d’ôter l’appétit aux plus affamés ; le jus et les sauces lui dégouttent du menton et de la barbe ; s’il enlève un ragoût de dessus un plat, il le répand en chemin dans un autre plat et sur la nappe ; on le suit à la trace. Il mange haut et avec grand bruit ; il roule les yeux en mangeant ; la table est pour lui un râtelier ; il écure ses dents, et il continue à manger. Il se fait, quelque part où il se trouve, une manière d’établissement, et ne souffre pas d’être plus pressé au sermon ou au théâtre que dans sa chambre. Il n’y a dans un carrosse que les places du fond qui lui conviennent ; dans toute autre, si on veut l’en croire, il pâlit et tombe en faiblesse. S’il fait un voyage avec plusieurs, il les prévient dans les hôtelleries, et il sait toujours se conserver dans la meilleure chambre le meilleur lit. Il tourne tout à son usage ; ses valets, ceuxd’autrui, courent dans le même temps pour son service. Tout ce qu’il trouve sous sa main lui est propre, hardes, équipages. Il embarrasse tout le monde, ne se contraint pour personne, ne plaint personne, ne connaît de maux que les siens, que sa réplétion et sa bile, ne pleure point la mort des autres, n’appréhende que la sienne, qu’il rachèterait volontiers de l’extinction du genre humain."



1 son propre : sa propriété.
2 viandes : se dit pour toute espèce de nourriture.
3 manger haut : manger bruyamment, en se faisant remarquer.
4 râtelier : assemblage de barreaux contenant le fourrage du bétail.
5 écurer : se curer.
6 une manière d’établissement : il fait comme s’il état chez lui.
7 pressé : serré dans la foule.
8 prévenir : devancer.
9 hardes : bagages.
10 équipage : tout ce qui est nécessaire pour voyager (chevaux, carrosses, habits, etc.).
11 réplétion : surcharge d’aliments dans l’appareil digestif.


Vous commenterez le texte de La Bruyère 

Comme toujours, il faut trouver un plan judicieux. Posez-vous les trois questions essentielles qui permettent d’avoir une vue d’ensemble : Quel est le sujet du texte ? Quelle est la forme dominante ? Quel est son sens ? Ce qui se résume à : Quoi ? Comment ? Pourquoi ?
Le sujet est un portrait "chargé" de Gnathon, stéréotype du privilégié sans gêne, égoïste et glouton.  La forme est celle du portrait, c’est-à-dire de la  description, au présent d’habitude qui prend une valeur de présent de vérité générale. Le sens est la satire par la caricature pour dénoncer la conduite détestable des nobles qui ne se comportent pas en "honnêtes hommes". Pour le plan, on peut partir de la surface du texte pour analyser au plus profond. D’abord, c’est un document d’époque qui retrace les habitude de vie des nobles au XVIIième siècle, ensuite c’est le portrait caricatural d’un mal élevé, enfin c’est la dénonciation des moeurs d’une époque et au delà d’une certaine mentalité universelle.

I) Le tableau d’une époque : la noblesse du grand siècle

A) Les lieux sociaux et les coutumes

Ce texte est une description, un portrait d’un type humain et social dans un milieu privilégié. Malgré l’absence de dialogue, l’évocation est vivante grâce à la peinture de scènes prises sur le vif et à un rythme alerte dû à des phrases courtes ou bien cadencées dans les énumérations des faits et gestes de Gnathon.
- Les lieux évoqués où la bonne société se retrouve sont la table, le sermon (l’église), le théâtre, les voyages en carrosse avec halte dans les hôtelleries. On remarque qu’il n’est jamais question de lieu d’intimité ou de travail. On observe aussi que c’est la table qui occupe la plus grande partie du texte car c’est le lieu social français par excellence à cette époque dans la haute société.
- Les coutumes que l’on peut découvrir en inversant les pratiques de Gnathon : il y a des places d’honneur à table, les repas réunissent une grande compagnie, il y a plusieurs services, il n’est pas de bon goût de se servir des mains pour  manger mais il convient d’utiliser des couverts. Des codes de savoir-vivre s’appliquent donc à table dans la société raffinée du siècle de Louis XIV. Les nobles ont des valets à leur service, donnent des ordres aux hôteliers, aux responsables de théâtre et même au clergé. C’est donc une société de privilèges qu’observe La Bruyère, lui-même issu de la bourgeoisie et victime de la morgue et de la dépravation des grands qu’il a dû servir, en particulier les Condé.

B) Les protagonistes

- Ce qui frappe c’est l’omniprésence de Gnathon dont l’étymologie grecque signifie mâchoire. Il est sujet de presque tous les verbes. Il est nommé par une caractéristique physique, signe d’un caractère glouton qui devient une sorte de prénom grec à fonction ironique.
- Ceux qui l’entourent sont plongés dans l’anonymat et les désignations générales : "la compagnie, les conviés, plusieurs, tout le monde "...
- On est étonné de constater que personne ne s’oppose à Gnathon et que tout le monde se contente de ses restes et subit ses mauvaises manières. C’est donc une société qui a l’habitude de voir ce type de comportement et qui ne réagit pas, soit par politesse, soit par hypocrisie, soit par lâcheté, soit pour les trois raisons ensemble. Cependant, il n’est pas douteux que le lecteur, lui, réagit !
Dans une société où le paraître est essentiel, Gnathon affiche son mépris des conventions et de la plus élémentaire des politesses. Son attitude n’a rien de rebelle, c’est juste celle d’un goujat et  l’espèce semble être répandue.


II) La caricature comme satire


A) Un glouton

- Il accapare la nourriture : " il se rend maître du plat, et fait son propre de chaque service". Le vocabulaire de la possession est ici associé à celui de la nourriture.
- Il mange avec voracité : "il manie les viandes, les remanie, démembre, déchire". Cette accumulation de verbes d’action qui débute par une variation sur le verbe "manier" tend à mimer la goinfreie de Gnathon qui se livre à un véritable carnage, bien souligné par  le préfixe de destruction "dé".

B) Un mal élevé

- Ses manières sont grossières. " Il ne se sert à table que de ses mains", ce qui est contraire au bon usage. Pire, "le jus et les sauces lui dégouttent du menton et de la barbe", ce que La Bruyère qualifie de "malpropretés dégoûtantes". La description de ses mauvaises manières donne lieu à des saynètes prises sur le vif qui achèvent de dévaloriser le personnage :"s’il enlève un ragoût de dessus un plat, il le répand en chemin dans un autre plat et sur la nappe ; on le suit à la trace. Il mange haut et avec grand bruit ; il roule les yeux en mangeant ; la table est pour lui un râtelier ; il écure ses dents, et il continue à manger". La comparaison avec un râtelier assimile Gnathon à un animal de ferme. Ses mimiques le transforment en bouffon.
Le portrait de Gnathon est donc très chargé et l’auteur accumule les traits accablants qui transforment ce portrait en caricature, ce qui apparente ce texte au registre épidictique du blâme. On a du mal à imaginer un tel sans gêne et, surtout, la passivité des autres convives nous étonne, voire nous révolte, ce qui est, bien sûr, l’effet recherché par l’auteur. Cependant, Gnathon, bien que représentatif de son époque, incarne un type universel.


III) La dénonciation d’un type social : l’égocentrique

A) Un égoïste, égocentrique



- Il méprise les autres et les tient pour quantité négligeable : "Gnathon ne vit que pour soi et tous les hommes ensemble sont à son égard comme s’ils n’étaient point".
-  L’emprise qu’il exerce sur les gens se traduit dans l’utilisation des figures d’amplification comme le superlatif : "la meilleure chambre, le meilleur lit" ou dans la reprise du pronom "tout" : "il tourne tout... tout ce qu’il trouve...".
- Il ne se préoccupe que de lui-même : "ne connaît de maux que les siens ...n’appréhende que la sienne (de mort)". La succession de restrictifs est significative de son égocentrisme.


B) Un prédateur

- La chute du texte "l’extinction du genre humain" montre bien que l’attitude de Gnathon dépasse son seul égoïsme et  une forme de misanthropie pour mettre en danger, en quelque sorte, la société des hommes. Sa voracité à table et sa mainmise sur les droits des autres (à table, au théâtre, au sermon, dans les hôtelleries) en font une sorte de dangereux prédateur que la caricature édulcore.
- Le présent de vérité générale transforme Gnathon en type universel, non limité à l’époque de La Bruyère, ce qui le rend plus redoutable car il n’y a que le contexte qui a changé.


Ce portrait ne se limite donc pas à la peinture d’un goinfre doublé d’un malotru, c’est aussi le contraire de "l’honnête homme" du grand siècle qui se comporte comme un animal et qui impose sa déchéance à la bonne société qui admet cette situation sans réagir. La politesse ne se réduit donc pas seulement à des codes sociaux  mais est représentative du respect donné aux autres et l’enfreindre, c’est porter atteinte à la dignité des hommes. Cela montre donc que la contamination gagne du terrain et que l’ordre social est décadent et va à sa perte. On peut dire que La Bruyère dénonce à la fois un travers de l’être humain mais surtout le type de l’aristocrate indigne qui préfigure la ruine d’une société de privilèges. La notion de respect dû aux autres s’approche des droits de l’homme.

Voir aussi Le festin de l'oie dans L'Assommoir de Zola


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mercredi 8 mai 2013

Sonnet à Caliste de Malherbe

Sonnet à Caliste de Malherbe


François de Malherbe (1555-1628)


Sonnet à Caliste

Il n’est rien de si beau comme Caliste est belle :
C’est une oeuvre où Nature a fait tous ses efforts,
Et notre âge est ingrat qui voit tant de trésors,
S’il n’élève à sa gloire une marque éternelle.

La clarté de son teint n’est pas chose mortelle :
Le baume est dans sa bouche et les roses dehors
Sa parole et sa voix ressuscitent les morts,
Et l’art n’égale point sa douceur naturelle.

La blancheur de sa gorge éblouit les regards ;
Amour est en ses yeux, il y trempe ses dards,
Et la fait reconnaître un miracle invisible.

En ce nombre infini de grâces et d’appas,
Qu’en dis-tu ma raison ? crois-tu qu’il soit possible
D'avoir du jugement, et ne l’adorer pas ?



Portrait d’une jeune femme au collier de perles
Huile sur panneau signée Honthorst et datée 1644.
Gerrit Van Honthorst
Né en 1590, Mort en 1656
Ecole Hollandaise XVIIe siècle


François de Malherbe (1555-1628), poète de cour officiel de Henri IV,  a, selon les mots de Boileau "réduit la Muse aux règles du devoir". C’est dire que ce poète a le souci de la clarté, de la régularité toute classique et est donc considéré comme le chef de file du courant classique. Dans son recueil 
Les Délices de la poésie française, on trouve Un sonnet à Caliste (1620) composé en l’honneur de la vicomtesse d’Auchy avec qui il a eu une liaison malheureuse. Ce poème, bien que né d’une expérience personnelle, est le modèle même de l’idéal classique fait de mesure et de raison. On verra comment Malherbe dans cet éloge proche du blason conserve une retenue qui ressemble plus à un exercice de style impersonnel et à une célébration du concept de beauté classique qu’à un cri d’amour spontané.


I) L’éloge traditionnel de la beauté sous forme de blason

A) Un idéal esthétique: la beauté

- Le vocabulaire de la beauté est omniprésent : "beau ... belle" (v.1), "grâces ...appas" (v.12)

- Il est associé au lexique de l’admiration et du compliment : "tant de trésors" (v.3), "miracle visible" (V.11), "éblouit les regards" (v.9) et aux hyperboles : "nombre infini de grâces" (v.12), "il n’est rien de si beau" (v.1).

- La "Nature" est personnifiée sous la forme d’une allégorie et est présentée comme l’auteur du chef d’oeuvre qu’est Caliste, supplantant toute oeuvre d’art : "C’est un oeuvre où Nature a fait tous ses efforts" (v.2), "Et l’art n’égale point sa douceur naturelle"(v.8).

- Le rythme binaire (avec césure à l’hémistiche) des trois premières strophes marque l’équilibre de cette beauté toute classique et la maîtrise du poète qui ne se laisse pas déborder par son admiration ! Le sonnet est d’ailleurs tout à fait classique : utilisation des alexandrins, disposition des rimes ABBA ABBA, CCD EDE.
  • Caliste (en grec Καλλιστώ / Kallistố, de καλλίστη / kallístê, « la plus belle) est donc l’incarnation d’un idéal de la beauté fait d’équilibre et d’harmonie, correspondant aux canons de la beauté des femmes de l’époque. Son corps est cependant évoqué, bien que de manière très stylisée.
B) Un blason pudique

- Le corps de la femme est décrit dans ses charmes traditionnels : le teint clair; "les roses" des joues ; l’haleine fraîche : "le baume est dans sa bouche" ; sa gorge blanche ; ses yeux pleins d’amour et sa parole magique.

- Le recours à la comparaison mythologique "Amour est dans ses yeux, il y trempe ses dards" et à la métaphore déjà utilisée par Ronsard (cf. Mignonne,allons voir si la rose) "et les roses dehors" ne singularise en rien Caliste et on aurait bien du mal à se la représenter !

- C’est une idole païenne qui est ainsi célébrée : "La clarté de son teint n’est pas chose mortelle", "Sa parole et sa voix ressuscitent les morts", elle est oeuvre de Nature qui n’est pas assimilée ici à Dieu et on peut donc "l’adorer". 
  • Ce sonnet au registre épidictique, bien qu’inspiré par des sentiments personnels et une femme réelle, paraît bien impersonnel et proche de l’exercice de style.
II) Un exercice de style et d’esprit

A) Un poème impersonnel : un exercice de style

- Aucune apostrophe ou adresse quelconque à Caliste : elle est d’abord nommée par son prénom et désignée à la troisième personne du singulier. Le pronom sujet "elle" n’est jamais utilisé. Il est, dans les trois premières strophes, remplacé par ses attributs physiques : "sa gloire", "son teint", sur le mode descriptif.

- Le poète en appelle à "notre âge ingrat" pour "élever à sa gloire une marque éternelle" : elle est donc désignée à l’admiration générale et non pas exclusive du poète amoureux !

- "les regards" de tous sont éblouis par sa beauté.

- Dans les trois premières strophes, nulle énonciation personnelle du poète qui, de surcroît, emploie un présent de vérité générale, presque d’immortalité.
  • Ce poème n’est pas adressé directement à Caliste, c’est un éloge public qui a des accents étrangement funèbres : ainsi "mortelle" et "morts" à la rime produisent un effet sinistre. Si on y ajoute "la clarté du teint, le baume de sa bouche et la blancheur de la gorge", on pourrait songer à l’évocation d’une jeune morte. On ne peut s’empêcher de penser que le poète aurait pu trouver un autre compliment que celui de la "voix qui ressuscite les morts !"
B) Un raisonnement logique : un exercice d’esprit

- Le premier vers est un postulat comme une vérité générale incontestable : "Il n’est rien de si beau comme Caliste est belle".

- Les deux quatrains et le premier tercet en sont la démonstration descriptive.

- le dernier tercet en est l’aboutissement. Là, seulement, le rythme est un peu bousculé par le rejet : "Qu’en dis-tu ma raison ?" et le contre-rejet : "Crois-tu qu’il soit possible". Ces deux questions oratoires qui s’adressent à la raison (et non au cœur !) du poète, disent la conséquence logique des effets de la beauté sur les sentiments du poète qui se garde bien pourtant d’associer le verbe adorer à son "je" et à la forme affirmative : "crois-tu qu’il soit possible d’avoir du jugement, et ne l’adorer pas ?"
  • Il est clair que Malherbe se tient à distance de son sujet, par pudeur, par rancune pour avoir été jadis éconduit par la dame ou seulement parce que au XVIIe siècle "le moi est haïssable" ?

Ce sonnet se plie au topos de l’éloge de la beauté féminine mais le corps de la femme est idéalisé et elle est exposée à l’admiration générale. L’implication du poète est purement intellectuelle et il semble plus préoccupé de faire de son sonnet une oeuvre d’art classique que de séduire la dame et de dévoiler son cœur  On est loin de Ronsard "fou d’amour" ou de la fascination de Baudelaire pour sa beauté en marche ou encore d’Apollinaire dont l’érotisme se lit dans ses métaphores cavalières et militaires !





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Retrouvez ce poème dans Mon cœur qui bat

jeudi 25 avril 2013

Le pou de Lautréamont in Les Chants de Maldoror (1869)


Le pou de Lautréamont : commentaire et EAF 2008 les sujets à l'étranger


Le "cas" Lautréamont, dans le sujet de Pondichéry (série S), a alerté certains d'entre vous ! En effet, ce jeune "poète" franco-uruguayen, qui mourut à l'âge de 24 ans, en 1870, juste après avoir fait imprimer (la publication ne se fera que 15 ans après) Les Chants de Maldoror est un provocateur et un révolté. Il se rapproche des côtés sombres de Rimbaud, Baudelaire, Byron et de bien d'autres. Avec ce texte-là, on vous a un peu "cherché des poux dans la tête" et ceux qui ne connaissent pas du tout cet auteur se trouvent un peu désorientés. L'auteur est-il un poète ou un prosateur ? Un farceur ou un démoniaque ? 

Voyons ce texte :

Lautréamont (1846-1870), « Le Pou », Les Chants de Maldoror, chant II, strophe 9 (1869).

 Le pou

 [...] Vous ne savez pas, vous autres, pourquoi ils ne dévorent pas les os de votre tête, et qu'ils se contentent d'extraire, avec leur pompe, la quintessence de votre sang. Attendez un instant, je vais vous le dire : c'est parce qu'ils n'en ont pas la force. Soyez certains que, si leur mâchoire était conforme à la mesure de leurs vœux infinis, la cervelle, la rétine des yeux, la colonne vertébrale, tout votre corps y passerait. Comme une goutte d'eau. Sur la tête d'un jeune mendiant des rues, observez, avec un microscope, un pou qui travaille ; vous m'en donnerez des nouvelles. Malheureusement ils sont petits, ces brigands de la longue chevelure. Ils ne seraient pas bons pour être conscrits1 ; car, ils n'ont pas la taille nécessaire exigée par la loi. Ils appartiennent au monde lilliputien2 de ceux de la courte cuisse, et les aveugles n'hésitent pas à les ranger parmi les infiniment petits. Malheur au cachalot qui se battrait contre un pou. Il serait dévoré en un clin d'oeil, malgré sa taille. Il ne resterait pas la queue pour aller annoncer la nouvelle. L'éléphant se laisse caresser. Le pou, non. Je ne vous conseille pas de tenter cet essai périlleux. Gare à vous, si votre main est poilue, ou que seulement elle soit composée d'os et de chair.
 C'en est fait de vos doigts. Ils craqueront comme s'ils étaient à la torture. La peau disparaît par un étrange enchantement. Les poux sont incapables de commettre autant de mal que leur imagination en médite. Si vous trouvez un pou dans votre route, passez votre chemin, et ne lui léchez pas les papilles de la langue. Il vous arriverait quelque accident. Cela s'est vu. N'importe, je suis déjà content de la quantité de mal qu'il te fait, ô race humaine ; seulement, je voudrais qu'il t'en fît davantage. [...]

 
1. recrue faisant son service militaire.
2. microscopique.

Si on se pose les trois questions incontournables (quoi ? comment ? pourquoi ?)
on peut répondre ainsi :

Quoi ?
 Le texte évoque la potentielle dangerosité du pou, ce qui surprend.

Comment ?
 C'est un discours à la première personne du singulier (Moldoror est l'énonciateur) qui s'adresse à "la race humaine".  Il s'agit d'un extrait de la "strophe" 9 du Chant II !!! Pourtant, pas de strophes classiques et traditionnelles, ni de musicalité particulière qui ressemblerait à un chant ! Il s'agit plutôt d'une description de la "dévoration" que peut faire subir le pou à tout organisme vivant, aussi énorme soit-il ...

Pourquoi ? Ce Maldoror (mal d'horreur ou mal d'aurore ?) ressemble furieusement à la figure de Satan. D'abord, il semble mettre en garde l'homme contre les dangers du pou, ou plutôt des intentions du pou. Ensuite, il se rejouit du mal que ce pou monstrueux a pu déjà faire à l'humanité. Enfin, il souhaite qu'il lui en fasse encore plus à l'avenir !!!

La problématique peut alors s'énoncer de manière très lapidaire :

L'auteur se moque-t-il de nous avec ce texte qui échappe aux normes du bon sens, de l'esthétique poétique classique et même de la morale ?

Quel plan adopter ?

On a vu que la principale caractéristique formelle de ce texte est de ne pas respecter la forme poétique attendue. De quelle sorte de poésie s'agit-il donc ? Il faudra terminer par cet aspect sachant que les poètes surréalistes reconnaissent Lautréamont comme leur précurseur.

Mais comment commencer ? Comme d'habitude, par le plus évident ! Or, ici, ce qui frappe, ce sont le cynisme, le sarcasme et la méchanceté de l'énonciateur Moldoror qui se dévoilent peu à peu jusqu'à la dernière phrase terrible. On assiste à une manipulation et à une provocation du lecteur.


Ensuite, il y a une complaisance dans l'évocation du pou anthropophage. L'horreur, le sadisme et la monstruosité sont si exagérés que cela en devient burlesque : une sorte de rire noir, car l'humour est plus fin.

On peut annoncer le plan ainsi :

Nous verrons comment, dans un discours provocateur et violent qui se complaît dans l'évocation de la cruauté d'un pou envers l'humanité, le poète détourne les codes du genre poétique pour  manifester son nihilisme radical et inventer une nouvelle forme de poésie du langage.

I) Un discours provocateur et violent de Moldoror à l'humanité

A) La provocation et la manipulation du destinataire
-
 par les marques de l'énonciation, les apostrophes, le mode verbal impératif.
- par les pseudo conseils, suivis de mises en garde, comme des menaces.
par les futurs prophétiques et imprécatoires.
par le postulat premier : "Vous ne savez pas ... je vais vous le dire" qui souligne l'ignorance des hommes et la supériorité de Maldoror.

B) La complaisance dans l'horreur et le monstrueux
- par l'omniprésence du lexique du corps torturé par la dévoration.
- par  l'évocation d'un bestiaire monstrueux qui répugne avec la victoire de la vermine (le pou) infiniment petit, sur le cachalot, infiniment plus grand et dangereux pour l'homme !
- par le "ricanement" sarcastique de l'énonciateur : "Vous m'en donnerez des nouvelles".

II) Le burlesque sadique

A) L'absurde 
(relever toutes les exagérations et incohérences logiques)

B) Le mélange des registres 
(didactique, pathétique, burlesque, sarcastique) d'où un brouillage du message pour le lecteur qui ne sait pas si on veut le faire rire, lui faire peur, le dégoûter ...

III) Vers une nouvelle poésie du langage

A) Une esthétique inversée : le laid, le mal, le faux 
(Platon prônait l'inverse : le beau, le bien et le vrai)

B) Une poésie prosaïque : la singularité du langage comme fait poétique

Vu la singularité du texte, la troisième partie plus complexe peut être supprimée et le contenu figurer en conclusion pour montrer que Lautréamont ouvrait la voie à la modernité : recherche sur le langage, l'inconscient, les pulsions (cf. la psychanalyse).





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Utopie de Thomas More, livre I, des religions d'Utopie


L'Utopie de Thomas More, commentaire extrait livre II, Des religions d'Utopie


Première édition de L'Utopie, avec la carte de l'île

L'Utopie de Thomas More
 (1516)
Livre II, Des religions de l'Utopie

Les Utopiens mettent au nombre de leurs institutions les plus anciennes celle qui prescrit de ne faire tort à personne pour sa religion. Utopus, à l’époque de la fondation de l’empire, avait appris qu’avant son arrivée, les indigènes étaient en guerre continuelle au sujet de la religion. Il avait aussi remarqué que cette situation du pays lui en avait puissamment facilité la conquête, parce que les sectes dissidentes, au lieu de se réunir en masse, combattaient isolées et à part. Dès qu’il fut victorieux et maître, il se hâta de décréter la liberté de religion. Cependant, il ne proscrivit pas le prosélytisme qui propage la foi au moyen du raisonnement, avec douceur et modestie ; qui ne cherche pas à détruire par la force brutale la religion contraire, s’il ne réussit pas à persuader ; qui enfin n’emploie ni la violence, ni l’injure. Mais l’intolérance et le fanatisme furent punis de l’exil ou de l’esclavage.
Utopus, en décrétant la liberté religieuse, n’avait pas seulement en vue le maintien de la paix que troublaient naguère des combats continuels et des haines implacables, il pensait encore que l’intérêt de la religion elle-même commandait une pareille mesure. Jamais il n’osa rien statuer témérairement en matière de foi, incertain si Dieu n’inspirait pas lui-même aux hommes des croyances diverses, afin d’éprouver, pour ainsi dire, cette grande multitude de cultes variés. Quant à l’emploi de la violence et des menaces pour contraindre un autre à croire comme soi, cela lui parut tyrannique et absurde. Il prévoyait que si toutes les religions étaient fausses, à l’exception d’une seule, le temps viendrait où, à l’aide de la douceur et de la raison, la vérité se dégagerait elle-même, lumineuse et triomphante, de la nuit de l’erreur.
Au contraire, lorsque la controverse se fait en tumulte et les armes à la main, comme les plus méchants hommes sont les plus entêtés, il arrive que la meilleure et la plus sainte religion finit par être enterrée sous une foule de superstitions vaines, ainsi qu’une belle moisson sous les ronces et les broussailles. Voilà pourquoi Utopus laissa à chacun liberté entière de conscience et de foi.
Néanmoins, il flétrit sévèrement, au nom de la morale, l’homme qui dégrade la dignité de sa nature, au point de penser que l’âme meurt avec le corps, ou que le monde marche au hasard, et qu’il n’y a point de Providence.
Les Utopiens croient donc à une vie future, où des châtiments sont préparés au crime et des récompenses à la vertu. Ils ne donnent pas le nom d’homme à celui qui nie ces vérités, et qui ravale la nature sublime de son âme à la vile condition d’un corps de bête ; à plus forte raison ne l’honorent-ils pas du titre de citoyen, persuadés que, s’il n’était pas enchaîné par la crainte, il foulerait aux pieds, comme un flocon de neige, les mœurs et les institutions sociales. Qui peut douter, en effet, qu’un individu qui n’a d’autre frein que le code pénal, d’autre espérance que la matière et le néant, ne se fasse un jeu d’éluder adroitement et en secret les lois de son pays, ou de les violer par la force, pourvu qu’il contente sa passion et son égoïsme ?

Thomas More peint par Hans Holbein

L’Utopie (1516) de Thomas More

Au livre second de L’Utopie parue en 1516, sous-titrée Le traité de la meilleure forme de gouvernement, Thomas More, grand chancelier d’Angleterre,  évoque la liberté religieuse qui règne dans l’île d’Utopie, ou île de nulle part, qu’a découverte Raphaël Hythlodée, un marin philosophe de Amerigo Vespucci. Nous verrons dans cet extrait comment More critique l’intolérance religieuse de la vieille Europe et quel projet il envisage sur le modèle utopien.

I Une critique de l’intolérance religieuse (dystopie)

A) Mise à distance par le récit des origines

- Un fondateur, Utopus, qui donne son nom à l’île et qui n’est pas désigné par son prénom (aspect mythique), pas de précision géographique précise non plus.

- Un récit des origines au passé, mais imprécision dans les repères temporels.

- L’évocation d’une antériorité historique avec « des indigènes » en état de guerre, ce n’est donc pas une terre vierge qu’Utopus crée, mais une nouvelle société qu’il instaure et qui réforme un monde ancien.

B) Une condamnation de l’intolérance religieuse par l’argumentation

 - En soulignant les dangers politiques de l’intolérance religieuse : la guerre et le danger d’une prise de pouvoir par une puissance étrangère, « en guerre continuelle à cause de la religion », « cette situation du pays lui en avait puissamment facilité la conquête »

- En invoquant l’intérêt de la religion  et l’incertitude de savoir si Dieu lui-même ne suscite pas une variété de croyances.

II Un projet d’application du principe de tolérance (utopie)

A) Des vertus pour instaurer la tolérance religieuse et convertir en douceur au christianisme

- Le raisonnement, la douceur, la modestie, la raison : ce sont des qualités d’esprit et de cœur. Le présent de vérité générale est utilisé pour énoncer ces principes et ainsi en montrer la validité et la sagesse : "le prosélytisme qui propage la foi au moyen du raisonnement, avec douceur et modestie ; qui ne cherche pas à détruire par la force brutale la religion contraire, s’il ne réussit pas à persuader ; qui enfin n’emploie ni la violence, ni l’injure."

- La patience et la persuasion au lieu de la violence pour « que la vérité se dégage d’elle-même de la nuit de l’erreur » . On remarquera que le christianisme est désigné par des périphrases allusives et élogieuses « la meilleure et la plus sainte religion ». Ne pas oublier que More est un fervent catholique.

- Une mise en garde contre le fanatisme (il se répand en Europe et provoque des schismes et des guerres de religion) qui conduit à la superstition. La comparaison « évangélique » de la moisson recouverte de ronces et de broussailles est destinée à frapper l’imagination.

B) Des limites pour encadrer la tolérance

- Des punitions contre l’intolérance : «  L’intolérance et le fanatisme furent punis de l’exil ou de l’esclavage » 

- Une liberté de conscience limitée par des dogmes communs incontournables, sous peine de perdre le titre de citoyen et toute considération sociale : l’immortalité de l’âme et la foi en la Providence  au nom de la morale et surtout pour préserver la paix sociale et ne pas inciter à « violer les lois du pays ». More reconnaît donc un rôle de régulation morale et civile à la religion. La question oratoire finale pose clairement les limites de la liberté en matière de morale et de religion.

More est avant tout un avocat, un homme politique et un diplomate qui fréquente les grands humanistes de son temps comme Erasme, et son île d’Utopie est régie par des lois strictes. Son modèle de société idéale est proposé comme remède aux dérives de la société de son temps et à la montée de l’intolérance religieuse. Son texte laisse la part faible à l’imagination et au rêve car c’est avant tout une critique qu’il fait et un idéal humaniste qu’il propose pour rendre le monde meilleur. L’argumentation et la sobriété du style en sont la preuve. En cela, il est bien dans la tradition de la République de Platon mais il ouvre la voie à toute une littérature utopique qui va proposer des modèles plus ou moins sérieux de sociétés, allant même jusqu’à la contre utopie.



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vendredi 19 avril 2013

Commentaire de la photo de Willy Ronis : Le Délégué (1950)


Le Délégué (1950) de Willy Ronis

"Le premier trimestre 1950 fut une période de grèves. Je sillonne Paris à moto pour un hebdomadaire, selon un itinéraire raisonné, et je m'arrête devant l'entreprise Les Charpentiers de Paris, rue Saint-Amand. Les ouvriers attendent que leur délégué les informe de l'état des négociations." : ainsi Willy Ronis, un photographe de la mouvance de la photographie humaniste (qui compte Doisneau et Boubat) explique-t-il l'origine et les circonstances de ce cliché.
Nous observerons en quoi cette photographie est significative de la parole ouvrière et des rapports sociaux. D'abord, nous nous attacherons à interpréter l'atmosphère de cette scène d'extérieur puis à comprendre ce qu'elle nous apprend sur la communication sociale.

I) Une scène d'extérieur grave

A) Une ambiance froide et grise

- C'est un cliché en noir et blanc avec un dégradé du noir au blanc, de bas en haut et de droite à gauche de l'image. Plus le regard s'élève et se dirige vers la gauche, plus la lumière qui en provient s'adoucit et le flou s'installe. Symboliquement, en bas à droite, la dure réalité (le délégué en vêtements sombres relaie la parole du patronat : la droite ?) et en haut, à gauche, la lumière floue et la seule échappée étroite vers une portion d'horizon, en perspective.
- Il s'agit d'un plan de demi-ensemble, en légère plongée (d'égalité) qui représente un groupe d'ouvriers masculins de tous âges, debout, en plan moyen face à leur délégué "relégué" dans le coin inférieur droit de l'image. Tous sont emmitouflés dans des manteaux d'hiver et la plupart d'entre eux portent des couvre-chef. C'est l'hiver des négociations ...

B) Des limites qui bloquent et qui séparent

- En arrière plan, un mur aveugle barre l'horizon au 3/4 de la largeur du cliché. Les ouvriers tournent le dos à la seule trouée de lumière qui vient de la rue en perspective et sont "parqués" en triangle dont l'angle aigu aboutit à la tête du délégué qui leur fait face. Tous les regard convergent vers le leader. 
- Au premier plan, par terre, un autre triangle de terre et de graviers forme une "distance de sécurité" entre le groupe d'ouvriers et leur représentant. Sa pointe supérieure met en valeur les mains tendues du délégué et son côté gauche est constitué par l'alignement des pieds des ouvriers. Si on passe par la pointe de ce triangle au sol et que l'on suit le côté supérieur du triangle formé par le groupe d'ouvriers, on arrive au coin supérieur gauche de la photo, là où il y a une ouverture sur la rue. Ces lignes de force délimitent en quelque sorte l'espace de la négociation en cours et laissent entrevoir métaphoriquement une timide ouverture.
- La verticalité des corps immobiles des ouvriers, renforcée par celle du mur derrière eux, connote la force debout, prête à agir en ordre groupé.

Cette scène en apparence banale et calme d'un groupe d'ouvriers écoutant le compte rendu de leur leader syndical en dit plus, à cause de son cadrage, son angle de prise de vue et ses lignes de force. L'atmosphère est gelée (comme le travail qui est suspendu par la grève), l'avenir s'annonce morose et il y a une forme de défiance vis à vis du porte-parole qui n'annonce pas de bonnes nouvelles de toute évidence.


II) Une communication difficile


A) Un groupe fermé qui fait bloc


- Le point central de l'image correspond à l'ouvrier qui occupe le centre du deuxième plan de la photo et plus précisément aux poches de son pardessus où il enfouit ses mains (ses poings ?).

- D'ailleurs, tous ses camarades sur le même rang ont les mains dans les poches pour se préserver du froid, certes, mais en signe de fermeture et de repli aussi.
- Les visages sont sérieux et attentifs, tous dirigés vers le délégué. Les bouches sont closes. Mais on remarque que trois ouvriers avancent de concert leur pied gauche dans "le triangle de sécurité" qui les sépare de leur leader, comme s'ils étaient prêts à avancer vers lui (ou sur lui ?).

B) Un délégué relégué


- Le délégué se trouve au premier plan, en bas, à droite de la photo. Il fait face à ses camarades et on l'aperçoit donc de dos et de profil. Il a le visage levé et s'adresse au groupe en face de lui. Lui seul a les mains libres, à hauteur des hanches, le pouce contre l'index dans un geste de chef d'orchestre ou de chœur, prêt à donner le signal ou la mesure d'un concert ou d'un récital.

- Son habit est plus sombre que celui de ses pairs et son écharpe est libre sur sa poitrine lui donnant un air à la Aristide Bruant. Son béret noir cache ses yeux et rappelle la classe ouvrière française. Pourtant, il y a une distance entre lui et le groupe. Symboliquement, il est placé à droite, comme du côté du patronat. Sa parole ne suscite pas l'enthousiasme mais plutôt le scepticisme, voire la défiance de ses camarades. Cette année 1950 voit se déclencher de grandes grèves dans bien des secteurs publics comme privés : dockers, fonctionnaires,  métallurgistes, ouvriers de Renault. Les revendications portent sur les salaires (le coût de la vie a augmenté de 40 pour cent entre 1948 et 1951) et pour la signature de conventions collectives.


En ce début d'année 1950, le gouvernement n'hésitait pas à casser les grèves et à remplacer les ouvriers par l'armée ou autres substituts et ce n'est qu'en juillet 1950 que l'arrêt Dehaene du Conseil d'Etat proclama que la grève "était un principe fondamental de notre temps". Les grèves ont permis des acquis importants cette année-là comme l'instauration du SMIG et la mise en place de conventions collectives. Cette photo montre que les temps sont durs et froids, que les négociations sont bloquées, que la parole ouvrière n'est pas entendue et pourtant le président de la République est Vincent Auriol et il est socialiste, d'où la grand déception du monde ouvrier. Le délégué, lui aussi, provoque la méfiance : on est entré dans l'ère du doute.  Ce qui frappe dans cette photo, c'est que les ouvriers sont en habits de ville et non en tenue de travail comme si le prolétariat avait revêtu des vêtements bourgeois (hormis les bérets populaires !) pour parler d'égal à égal avec les "autorités".

Pour connaître la méthode du commentaire d'image, voir ICI 

Céline Roumégoux


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